Voici ce que l'on peut lire dans le Livre de Moïse [NDLR: Le Pentateuque], selon la traduction de Luther, au chapitre 1, verset 28:
«Et Dieu les bénit et leur dit: "Soyez féconds, multipliez, remplissez la Terre et soumettez-la."».
Quiconque lit ceci le fera avec un sentiment de fierté, oui, et comme cela s'est magnifiquement accompli pour nous, les êtres humains! Tout ce qui est écrit dans le Livre de la Sagesse et de la Révélation n'a pas si bien tenu parole que cela; il en est vraiment ainsi: L'être humain a rempli la Terre de ses semblables et pas un seul coin utilisable, si petit soit-il, de cette planète qui lui a été confiée n'est resté inutilisé.
Tout sur Terre est soumis à l'être humain et lui obéit. Les quelques broutilles qui restent, qui ne veulent pas encore totalement lui obéir, ne comptent presque plus. Le règne végétal est exploré et exploité, le règne animal non moins; l'être humain a tout dompté et s'est tout rendu utile. Ce qui ne voulait pas se laisser dompter, il l'a exterminé sans pitié; il n'en est resté presque plus de restes dignes de ce nom, qu'il s'apprête maintenant à épargner — et même en partie à élever — par un sentiment de bienséance et par curiosité.
Le règne minéral doit tout donner à l'être humain, le maître de la Création, tout ce dont il peut avoir besoin. Ce qui pourrait lui être utile, il l'explore et l'exploite. Même si la Terre voulait le cacher dans son sein le plus profond et le retenir par mille ruses et artifices — elle ne fait pas le poids face à l'être humain. Il le lui arrache malgré tout.
Ce qu'elle a entraîné dans ses profondeurs il y a des millions d'années, elle doit le céder et l'abandonner; qu'elle le fasse avec répugnance et fracas, qu'importe? Elle doit le donner, et même plus encore: L'«esprit» humain, son entendement qui pénètre «tout» et résout chaque énigme, lui arrache ses secrets les plus profonds, soigneusement gardés dans et par la petitesse, et raffinés pour être protégés des yeux de l'être humain par leur invisibilité. Elle doit livrer ses secrets de fabrication, qu'elle le veuille ou non, et l'être humain l'imite, produit ce qu'il veut et comme il veut, et dans de nombreux domaines, il lui est même devenu supérieur.
Son caoutchouc synthétique est-il plus durable que celui que la terre produit elle-même? Il mélange et combine les matériaux de construction avec lesquels la «Terre» a travaillé, il trouve tout ce qui doit lui apporter un profit et qui lui paraît nécessaire. Il maîtrise l'air jusqu'aux limites où il lui semble nécessaire de le maîtriser; l'océan obscur, recouvert par des masses d'eau, devra donner à l'être humain — et lui donne — ce qu'il veut avoir; l'air lui-même, ses gaz, il les met en bouteilles, les conserve et les utilise selon sa volonté.
L'ancien colosse autrefois si puissant gît enchaîné, petit et insignifiant aux pieds augustes de l'être humain. Sa grandeur s'est évanouie comme la cire au Soleil; ses machines l'assaillent de leurs rugissements, non pas à la vitesse de la tempête, mais avec une rapidité devant laquelle toutes les tempêtes restent impuissantes.
Rien ne peut le freiner ni l'entraver — quoi qu'elle puisse employer dans un défi impuissant pour se cacher et se sauver de son souverain —, tout est vain. Même là où elle s'assure d'une carapace de glace, il pose le pied et plante ses bannières victorieuses pour faire valoir son droit de propriété, que le Seigneur lui a conféré.
Rien ne peut lui refuser ce qui est sien. Toutes ses forces, même les plus puissantes, il se les est soumises, ses éclairs doivent le servir sans relâche, il transforme sa nuit en jour, et hélas, elle, autrefois démesurée, devient trop petite pour lui.
Celle qui était autrefois si mystérieuse n'a plus de secrets pour lui, celle qui était autrefois si démesurément riche n'a presque plus rien à lui offrir; il a beau chercher, fouiller, retourner la terre, il s'avère qu'il n'y a plus rien de nouveau à découvrir pour lui! Elle lui apparaît pauvre et petite, et il médite sur le moyen de dépasser ses limites, pour lui montrer, à elle qui lui est devenue trop pauvre, trop petite et trop étroite, qu'il n'a pas besoin d'elle, qu'il pourrait aussi vivre sans elle — ailleurs, si jamais il lui prenait la fantaisie de ne plus pouvoir le nourrir et le vêtir.
Déjà il songe à s'échapper loin d'elle à bord de vaisseaux spatiaux, à rejoindre d'autres corps célestes à la vitesse d'un projectile et à les soumettre à sa volonté, comme la Terre qui lui est devenue trop étroite et trop petite, pour les exploiter à ses propres fins, pour sa propre vie.
Oui, le vieux Maître au-dessus des nuages, tel que les êtres humains aiment tant se l'imaginer — quand ils prennent seulement la peine de s'en faire une représentation —, pourra être plus que satisfait! Sa parole a été fidèlement accomplie; l'être humain s'est manifestement donné du mal pour la rendre vraie: il s'est multiplié, il s'est soumis la Terre et tout ce qui s'y trouve — oui, plus encore que cela!
Dieu a visiblement très sous-estimé l'être humain; il a développé plus de force qu'on ne lui en aurait cru capable, et maintenant, cet être humain méconnu, ce génie de la force, songe même à s'arracher à la Terre, à étendre son pouvoir au-delà — même si pour l'instant ces idées ne sont que d'intéressants jeux d'intellect —, il y parviendra certainement, car ce qu'il a décidé une fois, il l'accomplit, il l'a prouvé des milliers de fois. Pourquoi ne réussirait-il pas, lui, ce géant de la Création?
Telles et semblables devraient être les pensées d'un lecteur lorsqu'il voit, dans le Livre des Livres, les Paroles du Livre de Moïse placés à l'entrée; il ne manque vraiment rien à l'accomplissement de cette Parole Divine. Ou bien est-ce le cas? N'est-ce pas comme cela en a l'air au premier coup d'œil? L'être humain ne s'est-il pas soumis la Terre et ne se l'est-il pas rendue asservie? Un léger doute ne s'insinue-t-il pas, suggérant qu'il pourrait ne pas en être ainsi?
Mais que peut-il bien manquer? Il ne reste presque plus rien, parmi tous les biens de la Terre, que l'être humain ne sache exploiter et utiliser pour son profit et son avantage. D'où pourrait donc venir un doute légitime, on ne le voit pas trop, et pourtant, chez beaucoup, ce doute se fera sentir, à peine conscient, mais bel et bien présent.
Et, en effet, ce doute n'est que trop légitime, comme nous le verrons au cours de réflexions plus précises. Certes pas de la manière qui vient d'être esquissée. Il ne manque très certainement rien sur la table de l'être humain qui soit encore consommable pour lui, il ne manque aucun produit de cette Terre dans son répertoire des choses utiles — il a certainement amélioré et rendu plus utilisable presque tout ce qui était possible, et peut regarder en arrière avec une grande satisfaction son action sur Terre de cette manière —, et pourtant — cela ne va pas! —
La Terre est devenue trop petite pour l'être humain. Il n'y a plus rien à y découvrir. Les cartes et les atlas ne présentent presque plus de taches blanches. Certes, il y a encore ici et là des choses à rattraper, à améliorer, mais le grand travail est fait et l'être humain doit bien tourner son esprit vers de nouveaux objectifs, chercher un champ gratifiant pour son intelligence globale, mais pourtant, cela ne va pas!
Cette Terre est devenue étroite pour lui, petite et pauvre, cela ne vaut presque plus la peine d'y vivre. Il ne peut plus s'y mouvoir. Partout des limites sont posées à son besoin d'activité, des murs sont dressés, partout il se heurte, tout est trop petit, il se voit à l'étroit, dépouillé de sa liberté. Il n'y a plus de mystères à éclaircir, tout se dresse si désolément sobre devant ses yeux, et vu de la perspective de ses avions, tout se rétrécit en un rien.
Lorsque l'intuition de ses techniciens se sera réalisée, à savoir que lui, le maître de la Terre, soit capable de faire le tour de tout le globe en deux ou trois jours, peut-être même en un seul; lorsqu'il s'envolera de New York pour le petit-déjeuner et qu'il réglera déjà ses affaires à Bombay à midi, que restera-t-il alors à faire? Et quand — ou bien cela devrait-il faire l'objet d'un doute? — l'état actuellement si confus des institutions humaines, de sa vie étatique et individuelle, aura été réordonné —, il sera vraiment difficile de trouver encore une occupation gratifiante sur cette petite Terre pour l'esprit humain qui aspire toujours plus à la perfection.
Oui, vraiment, la Terre est entièrement soumise — mais pourtant, quelque chose ne va pas!
C'est une bien curieuse manière de chercher à se soumettre la Terre. L'on serait presque tenté de croire que tous les efforts sont vains; d'où viennent ces efforts crispés, fiévreux, alors qu'en proportion de ce qui a déjà été créé, il reste si peu à faire — si l'on suppose que toutes les vitesses soient encore multipliées, même si l'on suppose que l'on puisse construire des machines capables d'araser des montagnes entières? [NDLR: C'est déjà ce que font les Chinois!] Est-ce que ce sera différent? La domination sur la Terre sera-t-elle alors plus grande, plus parfaite? Qu'est-ce qui sera différent?
L'homme, s'il parvient à sortir du champ d'attraction de la Terre, à s'élancer dans l'«espace» avec des forces explosives et à finir par atterrir sur d'autres corps célestes, sera-t-il alors vraiment allé au-delà de la Terre? Se sentira-t-il alors plus libre, davantage maître? Son aspiration à la libération apaisera-t-elle alors son élan, cette aspiration à la domination qui a fait qu'il ne s'est pas seulement soumis la Terre, qu'il ne se l'est pas seulement rendue servante, mais qu'il l'a pillée, tyrannisée!
Et la Terre?
C'est ce sentiment qui saisit celui qui lit avec des sens ouverts ces Paroles de la Bible: «Soumettez-vous la Terre!».
C'est ainsi que l'humanité a accompli la Parole de Dieu: en pillant la Terre, en détruisant et en dépouillant autant qu'elle le pouvait celle qui devait devenir sa demeure pour le temps de son pèlerinage terrestre, selon la Volonté du Plus-Haut. Il devait la rendre accueillante pour en faire sa patrie — mais elle est devenue pour lui une vallée de larmes!
Petit, oppressé, à l'étroit, voilà comment il se sent, et toute sa quête de nouveauté perpétuelle dans la configuration technique de sa vie, sa recherche comme fouettée d'un dépassement toujours plus grand de l'espace et du temps, de machines toujours plus rapides, de carburants toujours plus puissants, de jouissances toujours plus raffinées, d'un confort toujours plus grand dans sa vie sur Terre, ne sont rien d'autre que des tentatives de libération incessantes hors d'une étroitesse oppressante, hors d'une prison qui l'entoure de barreaux de tous côtés.
La Terre, qu'il devait se soumettre, qu'il a pillée et qu'il pille encore, qu'il asservit et dégrade, qu'il bafoue et souille, est devenue sa geôle!
Personne ne pourra nier ce fait, malgré toutes les tentatives de dorure de la pilule: La Terre est devenue pour l'être humain une geôle, une prison inéluctable. Ce n'est pas l'être humain qui s'est soumis la Terre, c'est la Terre qui s'est soumis l'être humain! Elle le retient par mille crampons, le resserre de toutes parts, commence à le broyer!
C'est le fait non avoué devant lequel l'être humain se trouve aujourd'hui, ce sont les mots pour exprimer le sentiment qui doit venir à chacun lorsqu'il lit la Parole: «Soumettez-vous la Terre!».
L'être humain a essayé d'asservir la Terre, et la Terre l'a asservi — enfermé dans une geôle dont rien, pas même la mort, n'est capable de le libérer.
C'est ce sentiment, cette impression de non-liberté, d'emprisonnement, qui traque l'être humain, qui le pousse incessamment à des tentatives de libération. Tout autour de la Terre, devenue pour lui trop étroite, trop petite, il court comme un fou et tente sans cesse de surmonter l'espace et le temps, de dominer la Terre.
Mais elle, elle le regarde en riant avec dédain, lui, son tyran: «Va toujours, Tu ne m'échapperas pas. Je Te tiens, Toi qui m'as déshonorée, et je Te détruirai!».
C'est cela qui tourmente l'être humain sans relâche, qui le pousse à des efforts vraiment grotesques et désespérés. Il a fait de la Terre une geôle. Il s'aperçoit avec effroi qu'elle est devenue une prison pour lui et veut maintenant en sortir. Mais quoi qu'il fasse, les barreaux ne cèdent pas, ils se dressent impitoyablement devant lui, de haut en bas, où qu'il se tourne, des murs l'entourent!
Au plus profond de lui-même, il porte ce désir de Liberté, de Rédemption, et tout ce qu'il entreprend, tout ce qu'il médite — tout découle de ce fond originel: Liberté, Rédemption!
Des murs et des barreaux l'entourent; désespéré, il les secoue. L'être humain sera-t-il capable de les faire sauter? La porte de la liberté s'ouvrira-t-elle à lui, le «Titan», qui veut tout, qui ose tout? Qu'en sera-t-il lorsqu'il sera capable d'atteindre n'importe quel point de la Terre en quelques heures seulement?
Que serait-ce s'il pouvait s'élever au-delà de la couche d'air la plus externe de la Terre, s'il pouvait poser le pied sur le désert figé de la Lune, s'il atteignait une autre ou d'autres planètes et les trouvait vides et désolées — ou bien peuplées d'un peuple atteint de tout ce dont lui-même, l'être humain de la Terre, souffre, s'alite et périt? Ou s'il y trouvait le bonheur et le contentement et ne pouvait pourtant rien faire d'autre, au bout du compte, que d'y porter la guerre, le pillage, le meurtre, la corruption et le mensonge?
Rien ne changerait! La geôle ne s'ouvrirait pas; plus l'être humain rapproche de lui les distances, plus les roues tournent vite, plus les forces qui doivent le servir sont grandes, plus sa prison, qu'il s'est faite de la Terre, deviendra petite et étroite!
Rédemption, Libération, tout crie {cela} en lui! Ce sentiment ne le quitte jamais, jamais il ne peut rester tranquille, il doit lutter sans relâche pour la Rédemption et la Libération, et pourtant, bien qu'il s'efforce de se tromper et de s'étourdir, il sait que tout est vain, que seule la mort est son lot.
L'on ne peut le nier: c'est l'unique raison de toute l'action et de toute l'aspiration humaines sur Terre: Se libérer du poids de la Terre!
Il aspire à la liberté et à la légèreté. Il veut déployer ses ailes, il veut monter et sortir! C'est pourquoi il gravit les plus hauts sommets, c'est pourquoi il veut vaincre les montagnes par des chemins impraticables, c'est pourquoi il veut atteindre la limite de la couche d'air qui entoure la Terre, c'est pourquoi il veut aller au-delà comme le plus grand rêve de l'humanité, c'est pourquoi il creuse la Terre: pour trouver la Rédemption de la Terre!
C'est pour cela qu'il a dressé la croix de la mort sur la montagne qu'il a appelée Golgotha, la croix de la mort qu'il a dû appeler «croix du Rédempteur», mais pas «croix de la Rédemption». Tout cela n'est rien d'autre que des tentatives de Rédemption!
Accablante et étouffante, la Terre maltraitée s'impose à l'être humain. Il devait dominer, se soumettre la Terre, la matière grossière; au lieu de cela, il en a fait sa souveraine, il s'est asservi à elle, l'a élevée au rang d'idole, n'a plus rien vu d'autre qu'elle, ne s'est plus occupé que d'elle, n'a plus rien reconnu qu'elle. Il ne s'est pas élevé au-dessus d'elle, mais en cherchant à se la soumettre, à l'exploiter, à en jouir, il s'est asservi à elle, a perdu de vue tout le reste, a perdu le Chemin.
Elle lui avait été donnée par la Grâce Divine, comme le dit la Parole du Livre de Moïse, pour être sa demeure — il en a fait une geôle dont il ne trouve plus la sortie, dont aucun chemin ne le mène plus vers la liberté, mais seulement vers la mort. Mais la mort terrestre elle-même, qu'il cherche si souvent dans le désespoir, n'est pas une Rédemption, pas une Liberté, pas un Chemin qui le libère de la Terre; il lui reste lié — elle le retient inéluctablement et le précipite dans l'abîme. Il ne parvient pas à s'en arracher, car il essaie toujours à nouveau avec des moyens totalement faux!
Il réside chez l'être humain, dans son esprit, dans son âme, au plus profond, un élan de s'élever au-dessus de la Terre; il croit y parvenir en s'élevant dans les airs porté par des machines, essaie même d'aller au-delà de la couche d'air qui lui a été assignée, et doit pourtant la transporter avec lui dans des récipients s'il ne veut pas mourir de la mort terrestre, ce qui pour lui est synonyme de mort tout court.
L'élan de vaincre l'espace et le temps a été déposé dans son âme. Il l'essaie en alignant kilomètre sur kilomètre à une vitesse folle, et n'a réussi qu'à rendre la Terre trop petite, trop étroite pour lui. Bientôt, il devra chercher à agrandir l'espace s'il ne veut pas étouffer, car la Parole «Soyez féconds et multipliez-vous», il l'a suivie sans mesure ni fin. Mais comment doit-il parvenir à créer de l'espace, puisque tous restent à la Terre, en elle et sur elle, et y reviennent sans cesse, puisqu'aucun chemin ne mène plus au-dehors?
Il a été déposé en lui qu'il doit tendre vers la Lumière, vers la hauteur, au-devant du Soleil. Mais il ne connaît plus que le Soleil terrestre. Ainsi, il grimpe sur les montagnes et risque sa vie pour une illusion et une tromperie. La Lumière doit être sur la Terre, et l'être humain devrait répandre la Lumière, la Lumière qui lui afflue elle-même de la Lumière Originelle, la Lumière de l'Esprit, la Lumière de la Vérité.
Mais il s'est asservi à la Terre, seule la lumière de la matière grossière lui est encore concevable, accessible. Les nuits de la Terre, qui lui avaient été données pour son Salut, il les transforme en jour. Pourtant, cela reste sombre en lui et autour de lui. Il peut faire briller des millions et des millions d'ampoules — tout reste ténèbres et sans espoir, car, en dehors de celle-ci, la lumière des lampes à incandescence, il n'en connaît pas d'autre, parce qu'il s'est fermé à la Lumière de l'Esprit. Il n'est plus capable de la recevoir et de la transmettre.
Petite et meurtrie est la lumière qu'il s'est créée à la place de la Lumière de l'Esprit: La lumière de l'entendement, son intelligence, qu'il prend, faussée et déformée, pour l'«esprit», mais qui appartient à la Terre et meurt avec elle, comme meurent avec elle les œuvres qu'il produit à partir d'elle, de cette lumière d'illusion.
Pourtant, il a été déposé en lui qu'il doive chercher la Liberté! Il la cherche toujours. Il se livre des guerres sanglantes, poursuit avec haine ceux qui le dépouillent de sa liberté. Il devrait être libre de la pression de la Terre, libre des enchevêtrements du mensonge, libre de l'attachement à ce que la Terre offre pour maintenir le corps dans lequel il doit servir l'Amour éternel qui lui a donné la Terre, afin qu'il aspire à cela et qu'il mûrisse sur elle pour un tel service.
Mais la notion est morte pour lui dans l'étroitesse de la geôle — il cherche toujours à se libérer de l'oppression par ses semblables, cherche toujours la liberté dans la commodité de sa vie, dans la libération du travail, et cherche le Salut dans la construction de machines qui doivent le libérer de toutes les charges, et il s'enfonce plus profondément dans l'attachement, s'enfonce plus profondément dans la «Terre» qu'auparavant!
Il a été déposé en lui, l'être humain, qu'il soit maître! Maître de la Terre et de tout ce qui s'y trouve, et il s'est ainsi bâti un trône pour s'y asseoir et s'élever au-dessus de tout de cette manière, par orgueil et violence. Il en est résulté une lutte de tous contre tous. Or, il devait être maître de lui-même et s'élever au-dessus de la Terre et de tout ce qu'elle a pour lui, afin de le servir de telle manière qu'il n'ait plus besoin de toutes ces choses que ce qui est strictement nécessaire.
Il devait s'élever en levant son regard au-dessus de la Terre vers la Lumière Originelle, qu'il devait servir de tout son être; mais il ne voulait plus servir, seulement dominer, seulement être maître, et il est devenu l'esclave de lui-même et de la Terre, puisqu'il s'est choisi lui-même comme idole.
Ainsi, il cherche sans cesse la liberté et ne sait pas de quoi il doit se libérer, ne sait pas qu'il la cherche en vain, quoi qu'il veuille, s'il ne se libère pas de lui-même! Il ne le sait pas, bien qu'il doive sans cesse l'essayer sans le savoir ni le vouloir. Des bibliothèques, des millions de volumes, il en remplit pour se libérer de lui-même, de son penchant, de sa passion du pouvoir. Mais comme il ne connaît que lui-même, ne parle que de lui-même, ne sait rien de tout ce qui est au-dessus de lui, c'est en vain. Il s'enchevêtre d'autant plus profondément en lui-même et la pression qui pèse sur lui augmente, ne diminue pas. La Terre, qu'il devait se soumettre, le domine, pèse sur lui, l'enterre sous elle; de plus en plus étroite devient la geôle qu'il s'est lui-même bâtie.
Tel est le tableau qui s'offre à l'œil de celui qui est sans préjugés; c'est ainsi que l'être humain a accompli la Parole du Seigneur: en s'enchaînant à ce qui devait le servir et en se faisant l'ennemi irréconciliable de ce qui devait devenir son ami, de sorte qu'il n'arrive plus à trouver le chemin hors de la matière, hors de la «Terre» à laquelle il s'est lié par sa pensée et son aspiration purement terrestres, car il cherche ce chemin par des moyens purement terrestres, totalement impropres en soi.
Comment peut-on, avec ces moyens eux aussi liés à l'espace et au temps, vaincre l'espace et le temps? Comment peut-on, avec des moyens qui appartiennent à la Terre, liés à la gravité de la matière grossière, vouloir vaincre cette matière même?
Non, jamais l'être humain ne réussira, par de tels chemins, de telle façon, à faire sauter sa geôle, à s'ouvrir la porte de la liberté! Tout le bavardage, tous les efforts, toutes les «conceptions du monde», ni l'art ni son savoir — qui ne s'occupe que des choses qui sont et restent de la Terre et peuvent périr avec elle — ne sont capables de lui frayer un Chemin vers la Liberté.
Toute son aspiration à la «Vie», à la «Lumière», au «mouvement», qui au fond ne font qu'un, ne peuvent lui être d'aucun secours; car lui, l'être humain de la Terre, n'a plus aucune notion de ces concepts! Il les a restreints, rapetissés, matérialisés, falsifiés; eux aussi sont devenus pour lui des parties de la Terre, alors qu'ils n'appartiennent qu'à son esprit, qu'ils doivent être propres à son esprit comme la vie véritable, comme le véritable but de ses efforts, et en même temps comme le moyen qui pourrait le conduire hors de l'étroitesse, hors de la prison qu'est devenue la Terre pour lui.
Une maison lui a été donnée pour qu'il s'y installe confortablement, afin d'y habiter un temps et de poursuivre ensuite sa route vers de plus beaux pays, vers une Lumière plus claire! Il devait y rester jusqu'à ce que ses ailes lui eussent poussé pour s'envoler librement. Il devait être comme le jeune oiseau dans le nid, qui devient capable de voler et s'élance alors librement vers le large, abandonnant sans regret le nid dans lequel il a grandi, sans s'y enchaîner.
Mais l'être humain s'est enchaîné à la maison qui lui a été bâtie. Au lieu de laisser pousser les ailes de l'esprit, qui seules pourraient le porter vers sa lointaine patrie, avec lesquelles seules il pourrait se détacher de la matière, il s'est vendu à la matière pour tomber avec elle, pour périr avec elle.
De tout ce qui a été déposé en lui, de toute l'aspiration vers les Hauteurs de la Vie, de l'aspiration vers la Lumière, il ne lui reste plus conscience que d'une étrange agitation qu'il ressent, d'une étrange inquiétude qui ne le quitte plus, alliée au pressentiment de la ruine qui le menace dans les pièges de la Terre auxquels il tente maintenant de s'échapper, comme par désespoir, avec des moyens qui finiront par se moquer de lui et par précipiter leur inventeur lui-même dans les ténèbres et la perdition; car il se fie à eux — et ils ne sont rien!
Mais, objectera-t-on, il y a des êtres humains sur Terre qui savent cela, qui enseignent qu'il y a une vie après la mort, qui savent que la vie terrestre n'est pas tout, mais seulement une préparation à une autre vie plus belle qui vient après celle-ci; il y a des religions sur Terre, des philosophes, des efforts de toutes sortes qui s'efforcent d'améliorer, de montrer du doigt et d'enseigner.
Oui, ils sont là! Ils sont là depuis que les êtres humains marchent dans la matière sur Terre, ils ont toujours été là — mais ce qui est encore visible aujourd'hui sur Terre de ces Buts élevés ne concerne que de tristes restes d'un savoir ancien, de tristes restes d'un savoir clair du Chemin que l'humanité terrestre devait suivre, pleins d'erreurs, obscurs, confus! Ils sont devenus impuissants! Ils le sont depuis longtemps et ne peuvent empêcher l'être humain de s'enfoncer toujours plus profondément dans la Terre, de s'y enchaîner toujours plus avant.
Peu nombreux sont ceux qui sont encore remplis d'un peu de vraie Lumière — mais ils sont tous sans influence, quelle que soit la façon dont ils se nomment. La plupart sont une erreur crasse et une superstition, sombres et douloureuses, propres à repousser et non à attirer, à troubler et non à éclairer, à opprimer et non à élever. Qu'ils se nomment comme ils veulent, ils ne sont pas en mesure de changer quoi que ce soit, pas même le plus petit détail — ils ne peuvent pas faire sortir de la prison de la Terre —, ils sont trop faibles pour cela, il manque la Force Divine qui appartient en propre à la Vérité seule —, il manque la Clarté qui appartient en propre à la vraie Lumière seule.
Beaucoup, suivis par des millions et des millions d'êtres humains, sont des freins au lieu d'être des élévations — mais tous, quelle que soit la manière dont ils se nomment, qu'il s'agisse de lamaïsme, de bouddhisme, qu'il s'agisse d'adorateurs de fétiches ou que le Chinois pratique le culte des ancêtres, etc. —, aucun d'eux n'est un Service de Dieu, mais un service de l'être humain, qu'ils appellent ainsi leurs réunions ou non — dans chacun d'eux, le Plus-Haut sert l'être humain, le flatte et lui fait la cour. Mais ce qui seul pourrait faire sortir l'être humain de la prison qu'il s'est créée, c'est le pur Service de Dieu — rien d'autre ! —
Mais si quelqu'un vient maintenant et leur parle et dit la pure Vérité, ils le haïssent et le poursuivent. Si quelqu'un vient et dit:
- «Vous devez vous mouvoir vous-mêmes dans l'esprit! Vous devez tendre les bras vers la Lumière et vous ouvrir à Elle pour que dans Son Rayon poussent les ailes atrophiées de l'esprit, qui seules peuvent vous porter vers des Hauteurs inaccessibles à la Terre, que votre entendement lié à la Terre, auquel seul vous vous fiez, auquel vous vous êtes asservis, ne pourra jamais atteindre»; si quelqu'un vient et dit:
- «Ne vous cherchez pas toujours vous-mêmes! Détournez-vous de votre égoïsme, qui est dans toute votre action, dans vos religions tout aussi bien que dans votre aspiration sur Terre, tournez-vous en Vérité vers Dieu, servez-Le véritablement»; si quelqu'un vient, parle et leur apprend à reconnaître Sa Volonté, qu'Il a déposée comme Ses Lois dans Sa Création, afin qu'ils puissent vivre dans Son Harmonie, s'il leur apprenait à contempler le Saint pour que de Lui, le Saint, s'épanouisse pour eux le Salut, la Guérison; s'il leur dit:
- «Dépouillez votre fausse maîtrise qui vous asservit à la Terre, vous entoure de nuit et d'effroi et vous menace de la fin, la fin dans la matière étouffante — dépouillez-la et servez, servez la Volonté éternelle de l'Éternel, Il vous fera sortir de la geôle et vous ouvrira la Porte de la Vie.» — le suivront-ils et saisiront-ils la Main qu'il leur tend? Se laisseront-ils guider ou le persécuteront-ils, comme ils ont persécuté tous ceux qui voulaient vraiment les aider en leur annonçant la dure et salutaire Vérité sur eux-mêmes, en leur apportant la claire et pure Lumière?
Trouveront-ils à nouveau plus commode de se confier à leurs machines, de courir avec elles autour de la Terre, de chercher la liberté par rapport à l'espace et au temps — qu'ils ne trouveront jamais de cette manière —, plutôt que de se mouvoir eux-mêmes, de déployer eux-mêmes leurs ailes naissantes?
Réveillez-vous, êtres humains, il est grand temps! La Terre se prépare à vous entraîner dans ses profondeurs, de manière inéluctable, jusqu'à ce qu'elle éclate et se réduise en poussière et que ce qui est avec elle soit anéanti, comme il est prévu dans le Plan de la Création, où doit toujours se former à nouveau, devenir et disparaître, ce qui n'est pas pur esprit. Cherchez et vous trouverez! Jamais encore, depuis que la Terre roule sur son orbite autour de la boule de feu du Soleil, une telle Aide ne vous a été offerte qu'en cette dernière Heure — et jamais plus elle ne vous sera offerte!
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