L'Arbre de Vie de l'être humain
"Fatigué et insomniaque, le voyageur était assis dans la hutte au toit haut et aux petites fenêtres. Une faible lumière éclairait la petite pièce enfumée, avec son foyer en briques.
Des bancs de bois grossièrement taillés contre le mur, une table massive jaunie par le temps et un lit avec un matelas de paille constituaient tout le mobilier. A en juger par l'épaisse couche de poussière qui la recouvrait, la hutte semblait depuis longtemps inhabitée.
L'étranger était assis dans le coin le plus sombre, près de l'âtre, son sac à dos jeté à la hâte sur le sol à côté de lui. Il resta immobile jusqu'à ce qu'une grosse mouche bourdonne contre la vitre close et lui fasse lever les yeux.
Soudain, il ressentit les effets des terribles efforts des derniers jours et une irrésistible somnolence l'envahit. D'un pas lourd, il se dirigea vers le lit et se laissa tomber sur le matelas.
Pendant des jours, il avait erré dans les montagnes, incapable de trouver la Paix. Le sommeil le fuyait, et, pourtant, il n'était pas parvenu à mettre fin à ses jours. C'est pour cela qu'il avait quitté sa maison et sa famille, mais jusque-là, il n'avait pas osé se résoudre à utiliser l’arme. Il se traitait de lâche, et, pourtant, il n'était pas passé à l'acte, surtout après qu'une pensée l'eut frappé comme un éclair? la nuit précédente:
- «Est-ce vraiment la fin? Ne vais-je pas devoir tout recommencer ailleurs?».
Cette pensée l'avait hanté plus que tous les soucis et les problèmes précédents. Elle l'avait suivi à chaque pas, jusqu'à ce qu'il se réfugie finalement dans cette cabane abandonnée.
À présent, il tentait de surmonter ce nouvel obstacle, comme il avait surmonté tous les autres. Mais, cette fois, ses forces semblaient l'abandonner. Désespéré, il se couvrit le visage avec ses mains.
La fatigue submergea l'homme tourmenté, pris entre deux mondes, entre rêve et réalité.
Un sommeil agité faisait trembler ses membres, et de sa bouche entrouverte s'échappaient de faibles gémissements. Parfois il criait, hanté par des images cauchemardesques, puis, soudain, c'était comme si une main douce aplanissait ses traits crispés. Son corps se détendit, et l'homme sombra dans un profond sommeil.
Mais son âme s'éveilla. Il se glissa hors de sa coquille endormie, mais fut aussitôt saisi par une Force invisible et transporté en un clin d'œil dans une haute forêt. Les rayons du Soleil inondaient de lumière de magnifiques arbres aux fleurs d'un blanc éclatant, tels que l'homme n'en avait jamais vus: {des arbres avec} des feuilles en forme de cœur, d'un vert intense, qui ondulaient sous la douce brise d'été. Nombre d'entre eux portaient de merveilleux fruits dorés, et d'autres encore avaient à la fois des fleurs et des fruits, car sans cesse ils portaient des fruits.
De grands hommes vêtus de blanc déambulaient parmi les arbres, caressant doucement leurs troncs lisses et semblant dialoguer avec eux.
L'homme, saisi d’admiration, contemplait la douce tranquillité de ce magnifique paysage, qui apaisait le tumulte de son âme blessée et déchirée.
L'un des grands personnages s'approcha alors de lui et le dévisagea de ses yeux clairs et scrutateurs. Tel un acier froid et tranchant, ce regard transperça l'homme tremblant. Pas un mot ne sortit de la bouche de la silhouette blanche, et pourtant l'homme entendit distinctement ces mots, au fond de lui:
- «Toi, misérable être humain, Tu crois pouvoir renier Dieu et Tu trembles déjà au moindre effleurement de Sa Sainte Volonté! Tu es au terme d'une vie commencée dans la Pureté.
Non pas celle-ci, que Tu veux rejeter comme un vêtement encombrant et qui n'est qu'une infime partie de Ton existence, l'une de ses nombreuses formes, que Tu dois traverser. Elle n'a pas de fin, à moins que Tu ne Te soumettes aux ténèbres et ne T'engages ainsi sur la voie de la décomposition. Tu es déjà si profondément tombé que Tu ne vois plus la Lumière; Tu as rejeté l'Amour de Tes proches, qui était pourtant un ultime Avertissement de Dieu. Et Tu as fait tout cela parce que Tu as perdu la Foi, la Connaissance et le souvenir du Paradis. Un peu plus, et les ténèbres T'auraient englouti pour toujours.
Contemple la belle forêt. Voici l'Arbre de Vie de chaque humain. Ses fleurs représentent la bonne volonté de chacun, d'où naissent les fruits des bonnes actions. Voici des arbres magnifiques, car ils croissent et fleurissent dans la Lumière de Dieu, et parmi eux se trouvent aussi les Arbres de Vie de Tes proches, qui se renforceront et mûriront à travers la douleur causée par Toi, le perdu. Maintenant, traverse la forêt et cherche Ton Arbre!».
La silhouette élancée se détourna sans jeter un autre regard à l'homme. De nouveau, une Force invisible le saisit et l'entraîna irrésistiblement en avant. Les arbres magnifiques disparurent; la brume cacha le Soleil et un vent froid souffla. La forêt se dessécha peu à peu, et bientôt elle devint déserte et désolée.
À la lisière de cette sombre forêt se dressait un arbre solitaire qui portait encore des feuilles et des fruits; mais les feuilles étaient jaunies ou flétries, et les fruits ratatinés ou complètement pourris. Le sol autour de l'arbre était jonché de pétales qui continuaient de tomber comme des flocons de neige au gré du vent. Aussitôt, l'homme sut que c'était l'Arbre de sa vie, et son cœur s'emballa d'inquiétude, si bien que les fruits pourris tombèrent, un à un, parmi les pétales blancs, répandant leur jus trouble et fétide, et que les
feuilles desséchées furent emportées par le vent glacial, ne laissant sur les branches que quelques feuilles et fleurs éparses.
Tremblant de tous ses membres, l'homme se tenait devant l'arbre nu, hurlant en silence, comme si des morceaux de son être se déchiraient un à un. Terrifié, il se jeta aux pieds de l'arbre mourant et enlaça son tronc. Un amer remords l'envahit. Tous les actes de sa vie défilèrent devant ses yeux, les uns après les autres, et enfin le pire de tous, celui qu'il n'avait pu accomplir grâce à la Bonté Divine. Des visions macabres de suicide dansaient autour de lui avec une joie grotesque. Terrifié et désespéré, il se frappa la tête contre le tronc et enfonça ses ongles dans la dure écorce, jusqu'au sang.
Le vent glacial sifflait à ses oreilles, comme s'il criait:
- «Tout est ruiné, tout est gâché, tout est vain! Te voilà maintenant devant Dieu comme un arbre desséché. Tout est gaspillé, tout est perdu!».
Et lorsque les gouttes de sang sur ses mains gelèrent et qu'il sentit le froid lui transpercer le cœur, alors il fut saisi par la peur de la mort.
- «Non, non!» s'écria-t-il en s'efforçant de bouger ses membres. «Ne me laissez pas mourir maintenant, Père céleste!».
Il se leva d'un bond et contempla désespérément l'arbre, dénudé et malmené par le vent glacial. «Il a besoin de chaleur!» pensa-t-il et, comme le sol alentour était recouvert de mousse, il se mit à l'arracher et à l'entasser autour du tronc. La mousse gelée lui fit saigner les mains, mais l'effort et cette bonne intention avaient remis son sang en mouvement. Le vent glacial lui-même commença à faiblir et finit par complètement disparaître.
L'homme poursuivit son travail sans relâche, une Prière silencieuse s'élevant du plus profond de son âme; la première depuis une période longue et troublée. Lentement, le voile de brouillard s'éclaircit, jusqu'à ce qu'un premier rayon de Soleil effleure l'arbre, l'éveillant du sommeil de mort et le faisant vibrer comme une harpe entre des mains angéliques.
L'homme diligent, qui avait observé cela avec un croissant enthousiasme, une profonde émotion et une immense gratitude, avait joint les mains en Prière, écoutant avec Joie le murmure de la sève et le bruissement mélodieux de l'Arbre éveillé – soit un message complet -, lorsque la même Force invisible qui l'avait conduit là le souleva et le ramena jusqu'à son corps terrestre. Ceci, cependant, conserva tout aussi vive la mémoire de l'expérience vécue dans la forêt, en compagnie des hautes Silhouettes lumineuses.
Longtemps, tel un convalescent, l'homme resta allongé sur son lit dur, observant à travers ses cils les rayons du Soleil qui inondaient la pièce d'une féerique lumière. Soudain, il sentit une douleur dans ses mains et, en les levant, il vit qu'elles étaient couvertes d’égratignures.
Peu à peu, il comprit les événements de la nuit, son passé lui apparut clairement et il se jugea avec honnêteté et sévérité. Il avait été un mauvais administrateur et devait désormais tout recommencer, corriger ses erreurs et travailler sans relâche pour que seules les actions bonnes et dignes subsistent.
Les paroles que son Arbre de Vie lui avait murmurées résonnaient constamment dans son âme, si bien qu'il ne pouvait les oublier. La pensée que Dieu lui avait donné cette reconnaissance suffisait à le pousser à déployer tous ses efforts, sans jamais faiblir; une tâche aisée pour un cœur enthousiaste. Seul le début paraît difficile, comme tout autre fardeau, avant d'en être déchargé; mais, avec patience et persévérance, tout peut être réparé, au cours de la vie que Dieu nous a donnée!
Peu après, l'homme descendait d'un pas vif la colline, se dirigeant vers la vie qu'il avait voulu abandonner, accablé par ses propres fautes et ses méfaits. Résonnant à travers l'Arbre, les mots des Êtres lumineux l'aidaient à devenir un homme nouveau et meilleur, se gravant, de manière indélébile, dans son âme, en runes de feu:
«Ce n'est que par une joyeuse activité et que la Confiance en Dieu que l'Arbre de Vie peut porter du fruit!».
- Extrait de „Ich klopfe an!“ ["Je frappe {à la porte}!"] – Par Maria Halseband - N°28. -
Par Gérard Biarnès 02/08/2026 18:49:19
Merci pour cet extrait qui correspond bien à ce moment de cette dernière période très importante qu'il nous est donnée de vivre avant l'avènement du règne de Dieu sur terre.