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«Le Saint Graal» et Parzival dans la Poésie et la Légende.

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«Le Saint Graal» et Parzival
dans la poésie et la légende


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Par Henri Huber

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Ces derniers temps, l'on peut trouver périodiquement, dans les grands journaux et revues, des études aux titres qui - pour qui sait - sonnent un peu pompeux: «Le Secret du Graal dévoilé» ou «Qui était Parzival?», etc.

Il ne serait donc peut-être pas inopportun de présenter ci-après quelques développements sur la naissance et la nature des légendes et des poèmes relatifs au «Saint Graal», dans la mesure où le matériau de sources dont nous disposons le permet.

Qu'il soit dit d'abord que, à l'origine, les Légendes du Saint Graal et celles de Parzival étaient deux légendes entièrement distinctes, et qu'elles ne furent mises en relation l'une avec l'autre que longtemps après leur apparition.

Le mot «Graal» dérive du vieux français «graal»; dans le dialecte provençal «grazal», ou en bas latin médiéval «gradalis» il signifie écuelle, vase, coupe à boire. Dès le haut Moyen Âge, un vaste cycle légendaire se rattacha à ce nom. Les premières origines de ces Légendes renvoient à l'Espagne et semblent s'être formées par une fusion de littératures mauresco-arabe, juive et chrétienne, bien qu'au IXe siècle de notre ère déjà, en Angleterre, un troubadour aurait chanté la Légende du Graal. L'on ne dispose pas de données précises à ce sujet.

Au XIe siècle, nous trouvons les premiers traités écrits en dialecte provençal, dus à un poète du sud de la France nommé Guiot, sur le Graal; il donne lui-même comme sources l'écrivain arabe Flegetanis, dont il prétend avoir trouvé à Tolède des écrits à ce sujet, ainsi qu'une chronique latine d'Anjou. Un contemporain de Guiot, nommé Chrétien de Troyes, a également traité la Légende du Graal.

Ce n'est que plus tard que la Légende du Saint Graal, liée à celle de «Parzival», fut reprise dans la poésie allemande par le poète Wolfram von Eschenbach. Par sa richesse d'idées, son poème «Parzival», composé entre les années 1205 et 1215, surpasse de loin tous les précédents issus d'autres sources.

Selon ces Légendes, le Saint Graal serait un Vase de pur Jaspe, cette pierre noble dont la force fit que le Phénix se régénéra de ses cendres. Il fut jadis apporté sur Terre par des Anges et gardé un temps par eux personnellement. Jésus aurait offert à Ses Disciples la dernière Cène dans cette Coupe, et Joseph d'Arimathie y aurait recueilli le Sang du Sauveur crucifié.

Plus tard, il passa sous la garde d'une Chevalerie élue, appelée les «Templiers», soumise à un Roi pur, qui gardaient le Vase avec la plus grande rigueur dans un magnifique château semblable à un Temple, sur une montagne des Pyrénées méridionales. Cette montagne s'appelait «Monsalvat» ou «Monsalvage».

Le Saint Graal confère à ses Gardiens la Vie éternelle. Qui le contemple ne peut mourir. Chaque année, le Vendredi Saint, sa Force miraculeuse est renouvelée par une Hostie qu'une Colombe d'un blanc éclatant apporte du ciel et dépose sur le Graal.

Par une inscription céleste sur la Coupe, les Gardiens du Saint Graal sont appelés; mais l'Humilité, la Fidélité et une âme pure sont des conditions préalables indispensables à la grande distinction et à l'honneur de ce Service.

Par la suite, cette matière devait encore offrir à bien des poètes et écrivains un attrait pour la traiter, et des rédactions tout à fait diverses en sont également nées.

Le Saint Graal fut aussi mis en relation avec une secte française médiévale, les Albigeois, les ainsi dénommés Cathari, c'est-à-dire en allemand «les Purs». Des documents de cette époque rapportent les noms de dames nobles, de chevaliers et de troubadours qui, sur Montségur, «gardaient leur église d'amour». Sur Montségur se serait dressé le Temple du «suprême Amour», qui tirait sa tradition en partie de l'univers mental chevaleresque alors dominant, en partie de la doctrine des Albigeois.

Des «Chevaliers purs», albigeois, gardaient sur Monségur une Pierre précieuse, appelée Pierre de Lumière, ou encore Saint Graal. Cette pierre serait une gemme tombée de la couronne de Lucifer, qui symbolise le désir et l'aspiration à la Pureté du Paradis perdu.

Il y a 700 ans, le pape Innocent III ordonna, contre la chevalerie hérétique de Montségur et contre le Graal la puissante croisade des Albigeois, qui se termina par la mise en ruines et en poussière de Montségur. Un jour, le Roi des Gardiens du Graal fut empoisonné, et les Chevaliers et les Vierges qui gardaient le Graal furent brûlés comme martyrs de leur foi. Quatre partisans téméraires auraient réussi, au prix de leur vie, à sauver le Graal et à le cacher dans une grotte des Pyrénées.

Il était toutefois réservé à un Richard Wagner d'écrire, dans une inspiration bien plus profonde, avec un pur opéra, «Parsifal», une œuvre d'une suréminente grandeur, et d'établir une relation réciproque plus étroite et plus vivante entre les cycles légendaires à l'origine divisés en deux sortes. Son «Parsifal», qui terrasse le charme terrestre et guérit par là le Roi-Prêtre Amfortas tombé malade, pour ensuite, lui-même, au milieu des Chevaliers et Gardiens en proie à l'extase, monter en tant que Roi du Graal les degrés vers l'Autel et bénir les assistants avec le saint Vase, compte parmi ce que la force de formation humaine a pu jusqu'ici façonner de plus sublime dans la langue et la musique.

Or le Message du Graal de Abd-ru-shin nous apporte, comme en tout autre domaine, quelque chose de tout à fait convaincant et rigoureusement construit au sujet du Saint Graal et de Parzival. Dans son Exposé «Le Saint Graal», Abd-ru-shin écrit:

«Multiples sont les interprétations des Poèmes qui, au sujet du Saint Graal, existent. Les plus sérieux érudits et chercheurs se sont préoccupés de ce Mystère. Maint{e chose} parmi cela a une haute Valeur morale, mais tout porte en soi le grand défaut que cela ne présente qu'une édification {allant} du terrestre vers le Haut, tandis que la Chose-principale, le Rayon de Lumière {allant} d'En-Haut vers le bas, manque, {Rayon} qui, seul, pourrait apporter la Vivification et l'Illumination. Tout ce qui du bas vers le Haut aspire doit {obligatoirement} faire halte à la limite du Matériel, même s'il lui est accordé d'en atteindre le plus haut {sommet}. Dans la plupart des cas, cependant, {et} dans les conditions {les plus} favorables, {c'est} à peine {si} la moitié de ce Chemin peut être remonté. Mais, combien long est, ensuite, encore, le Chemin vers la vraie {Re}connaissance du Saint Graal!». 

Et plus loin :

«Ils [les chercheurs] s'écartent du juste Chemin, que les Poèmes, en partie, déjà, portent en eux. Seuls ceux-ci laissent pressentir la Vérité.

Mais aussi seulement pressentir, parce que les hautes Inspirations et les Images de Rêve des Poètes ont été, du fait de la collaboration de l'intellect lors de la transmission, trop fortement rendues terrestres. Ils conférèrent à la retransmission du spirituellement Reçu l'image de leur entourage terrestre du moment, afin d'ainsi rendre, aux êtres humains, le Sens de leur Poème plus compréhensible, ce qui, à eux, malgré cela, ne réussit pas, parce qu'eux-mêmes ne purent approcher le véritable Noyau de la Vérité.»

Puis ce qui est proprement bouleversant, c'est la révélation que le Saint Graal est quelque chose de réel, mais que, semblable au Paradis, ce n'est pas ici sur cette Terre qu'il faut le chercher, mais dans des Hauteurs immensément lumineuses. Abd-ru-shin écrit à ce sujet:

«Au Point de Départ le plus haut du Spirituel-Entéallique éternel, (maintenant,) se dresse le Château-Fort du Graal, spirituellement visible, saisissable, parce qu'encore {constitué} du même Genre spirituel-entéallique. Ce Château-Fort du Graal recèle une Salle qui, par contre, se trouve à la limite la plus extérieure, vers le Divin, {et} est donc encore plus éthérisée que tout le reste du Spirituel-Entéallique. Dans cette Salle se trouve, en tant que Gage de l'éternelle Bonté de Dieu le Père et comme Symbole de Son Amour Divin le plus pur, ainsi que comme Point de Départ direct de la Force Divine: Le Saint Graal!

Il est une Coupe dans laquelle, de façon ininterrompue, (cela) bouillonne et ondoie, comme du Sang rouge, sans jamais déborder. Auréolé de la plus lumineuse Lumière, il est seulement permis aux plus purs de tous les Spirituels-Entéalliques de pouvoir contempler (dans) cette Lumière. Ceux-là sont les Gardiens du Saint Graal! Lorsque, dans les Poèmes, il est dit {que} les plus purs des êtres humains sont destinés à devenir Gardiens du Graal, c'est là un point {de vue} que le Poète comblé de Grâce a rendu {de façon} par trop terrestre, parce qu'il ne pouvait pas s'exprimer autrement. Aucun esprit humain ne peut pénétrer {dans} cet Espace Sacré. 

Même dans son Entéallité spirituelle la plus achevée, après son retour du Périple {effectué} à travers la matière, il n'est, cependant, pas assez éthérisé pour franchir le Seuil, donc la frontière de cet Espace. Il est, même à son plus haut {degré d'}Accomplissement [dans l'Entéallité], encore trop dense pour cela. Une éthérisation plus poussée, pour lui, cependant, devrait être équivalente à une décomposition ou une combustion totales, puisque son genre, de par son origine, n'est pas approprié à devenir encore plus rayonnant et {plus} lumineux, donc encore plus éthérisé. Il ne le supporte{rait} pas.

Les Gardiens du Graal sont des Éternels, Pur-Spirituels, qui jamais ne furent des êtres humains, {ils sont} les Sommets de tout le Spirituel-Entéallique.»

Et au sujet de Parzival, Abd-ru-shin nous explique dans des Exposés ultérieurs (Les Plans spirituels I et II) :

«Les Poètes des Légendes du Graal aujourd'hui connues ne sont absolument pas les premiers qui s'en soient préoccupés et, par la concentration qu'ils déployèrent au cours de leurs Travaux, ils purent, encore une fois, en pressentir quelques Traits de Lumière.

Loin, loin en arrière, remonte l’Époque en laquelle les premières Indications sur le Château-Fort de Lumière et ses habitants se frayèrent un Chemin des Plans Spirituels jusqu'en bas sur la Terre, et, avec elles, l'Annonce du Saint Graal.

Pour les Poètes de la Terre, des personnages terrestres ont bien été conçus, et ont donné une impulsion extérieure à la forme du Poème, cependant, mainte Chose, ils l'ont puisée, au cours de leur travail d'approfondissement spirituel, inconsciemment, à des Sources qu'ils ne connaissaient pas eux-mêmes.

Toutefois, étant donné que, pour finir, ils fignolèrent de nouveau avec l'intellect, et essayèrent ainsi de l'embellir terrestrement et de le rendre plus facilement compréhensible, le peu qui pouvait affluer vers eux en provenance des Plans inconnus fut comprimé dans la matière grossière, amoindri et dénaturé.

Entrer tout spécialement et encore plus dans les détails pour expliquer tout cela, voilà qui ne se justifie pas. J'indique le {fait} réel et tout être humain peut en retirer pour lui-même ce dont son esprit est capable. Cependant, il est indispensable d'attirer d'emblée l'attention sur quelque chose d'autre, qui, pour de nombreux {êtres humains}, doit clarifier mainte erreur et, en ce qui concerne ceux qui peuvent être initiés à des Connaissances plus hautes, facilitera beaucoup, puisqu'ils peuvent ainsi, dès le début, s'élever au-dessus de tout le faux qui s'est niché sur Terre.

Il existe, en réalité, un Château-Fort où séjourna (un {certain}) Amfortas, qui fut là, pour un temps, le Gardien suprême. Dans ce Château-Fort se trouve un Vase, nommé le "Graal", qui est fidèlement gardé par les Chevaliers. C'est là que, jadis, Amfortas vint aussi effectivement à chuter et qu'un éminent Secoureur fut annoncé.

Mais ce ne fut ni sur la Terre ni dans le haut Château-Fort de Lumière de la Création-Originelle que ceci se produisit.

Le Château-Fort, qui est mentionné là, se trouve, aujourd'hui encore, comme {étant} le Point le plus élevé d'un Plan en lequel les Créés ont leur champ d'action pour les Évolués. Ceux-ci ont seulement créé, avec leur Vouloir le plus pur et leur Adoration de Dieu, une Reproduction du Château-Fort de Lumière qui, de la plus haute place de la Création-Originelle, irradie vers le bas et forme le véritable Château-Fort du Saint Graal, ainsi que le Portail de Sortie hors de la Sphère de Radiation Divine.

C'est dans cette Reproduction inférieure {du Château-Fort} que, jadis, Amfortas agissait et qu'il chuta, lorsqu'il succomba à la mauvaise influence de Lucifer [qui s'était élancé {vers le haut} jusqu'à lui, depuis les profondeurs]. Sa faute fut d'avoir cherché, en suivant cette influence, à s'a{ban}donner, une fois, pendant un court {laps de} temps, à la jouissance confortable de la vie altière du Chevalier.»

«Ainsi il s'écarta de la Régularité du Mouvement indispensable sur son Plan, et que la Loi-Originelle de la Création impose autoactivement à celui qui veut se maintenir à la même hauteur. Il aboutit à la stagnation, pendant une courte période, et créa ainsi une brèche entravante pour l'Afflux de la Force de la Lumière.

C'est ainsi que sa chute était inévitable et qu'elle le terrassa. Cette brèche était la blessure qu'il portait. En réponse à la supplication de la Chevalerie {demeurée} fidèle fut, auparavant déjà, annoncée la Venue du Pur Porteur du Secours, Lequel pourrait mettre un terme à la corruption.

Et Parzival accomplit la Promesse, au cours de Sa Pérégrination à travers toutes les Parties de la Création, comme Il accomplit toutes les Promesses, qui, depuis toujours, sont données aux créatures de la Création entière. Cependant, l'Accomplissement fut tout différent de celui qui est indiqué dans le Poème.

La Description de la Création apporte, aussi en cela, un plein Éclaircissement et élimine tout ce qui, jusqu'ici, était faux.

Il ne s'agit donc que de Fragments d'une Annonciation venue de la Reproduction [la plus inférieure] du Château-Fort de Lumière, lesquels purent pénétrer jusqu'aux esprits recueillis de ces poètes de la Terre et furent reçus par ceux-ci au cours de leur travail, mais pas du lumineux Château-Fort du Graal lui-même; car, là, il était, en effet, absolument impossible, déjà, d'annoncer Parzival, étant donné que Parzival était et demeure le Premier dans la Création entière, étant donné que la Création entière ne pouvait naître qu'à partir de Lui. Il est une Partie de l'Esprit de Dieu, {une Partie} de Imanuel, ancrée dans le Pur-Spirituel, afin de créer le Pur-Spirituel.

De Son Rayonnement de Lumière naquirent d'abord les Créés-Originels, et aussi, avec ceux-ci, le Château-Fort, et tout ce qui s'est formé. Il ne pouvait donc être annoncé à personne, puisqu'Il était Lui-même le Premier et que tout le reste ne pouvait naître qu'après Lui. En dehors de Lui, personne n'a jamais été le Roi du Saint Graal!

Pour cette raison, bien évidemment, ce Château-Fort, dont parlent les poètes, devait aussi se trouver plus bas que le véritable Château-Fort du Graal, parce que Parzival, plus tard, en effet, Se dépêcha de parcourir encore l'Univers, afin de le délivrer de la mauvaise influence de Lucifer et d'enchaîner celui-ci pour le Royaume de Dieu de Mille Ans dans la matière.

C'est ainsi qu'au cours de Sa Pérégrination à travers toutes les Parties de la Création, Parzival parvint aussi à ce Château-Fort, qui est faussement décrit dans le Poème. Cependant, Il y fit Son Entrée en tant que Roi du Saint Graal, ce qu'Il est depuis le Commencement et ce qu'Il demeurera éternellement. Toutefois, Il ne resta pas là, mais, à la place d'Amfortas, Il installa un nouveau et suprême Gardien du Vase, qu'ils honorent en tant que Reproduction du Saint Graal.»

Devant notre œil, un rideau est tiré, et se dressent des images d'une telle grandeur et d'une telle sublimité que des êtres humains sensibles et ouverts à tout ce qui est véritablement pur et élevé plient le genou devant une telle éblouissante Magnificence.

L'On voit comment, depuis toujours, l'on a œuvré en avant depuis la Lumière pour le temps présent. Des poètes purent l'annoncer; et même fort défiguré, tout cela était des indices d'une époque dans laquelle nous vivons maintenant, où nous est accordée la haute Grâce de faire ressusciter devant notre œil spirituel, en une vivante vitalité et une vivante véracité, tout ce qui n'avait été jusqu'ici que faiblement suggéré par des esprits humains comblés de Grâce, et de pouvoir reconnaître en même temps le chemin qui nous conduit près de ce Miracle.

Encore une fois du Ciel vient une Nouvelle,
Qui nous montre le Chemin vers notre Patrie.
Nous vivons la plus grande Heure de l'humanité,
Qui à tout le monde annonce le Temps nouveau.
Vieille légende des temps depuis longtemps éteints, «Dans la Lumière de la Vérité» ils se relèvent,
Et dans l'Allégresse il nous est permis de marcher vers le Graal,
Avec Parzival, le Roi, vers le Ciel!


- "Die Stimme" ["La Voix"]
n°1 - 

Article n°3 - Janvier 1937.

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