L'Ancien des Jours
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Johannes Anton Neidhart
Une contribution au Problème de Dieu
Ce fut un moment d’une portée historique mondiale lorsque Moïse, le futur Guide du Peuple hébreu, se tint tremblant et le visage voilé devant Dieu et dit (Exode, III, 13): «Voici, je dois aller vers les fils d’Israël et leur dire: "Le Dieu de vos pères m’a envoyé vers vous.". S’ils me répliquent alors: - "Quel est Son Nom?" — Que dois-je leur répondre?».
C'est une entreprise d'une audace inouïe que de vouloir donner un Nom à Dieu. Ne nous trompons-nous pas chaque fois que nous essayons seulement de saisir l'Infini dans un concept? Et plus grande encore doit paraître l'audace lorsque nous demandons le Nom dont Dieu Se nomme Lui-même. Quel être humain, qui soit pour nous un être humain, serait capable de comprendre et d'exprimer l'Extra-humain et le Surhumain, le Divin? Quel être pourrait réussir à désigner l'Être Inentéallique ["der Wesenlose"] et à pénétrer dans Son Sens profond?
Il y a quelque chose de singulier autour d'un nom. Un seul mot, quelques lettres — à n'en regarder que l'extérieur. Et pourtant, ce mot isole la personne concernée de tous les autres de son espèce, il la sépare, il la caractérise, il vise ce qui est unique et irreproductible, il cherche à en dégager le noyau. Ceux-là n'ont certainement pas tout à fait tort qui pensent qu'il réside comme une sorte de philosophie secrète et de pressentiment prophétique dans l'attribution humaine des noms. Chaque nom aurait sa signification secrète et son rayonnement déterminé, qui se trouve en étroite corrélation avec le rayonnement de ce qu'il désigne. Une sagesse très ancienne l'enseigne déjà ainsi.
Et nous voici maintenant devant Dieu, le Commencement et la Fin de toute existence, et nous devrions Lui donner un Nom, devrions exprimer Son Essence en un mot qui l'embrasse tout entier. Comment le pourrions-nous sans succomber devant la Surpuissance de Celui Qui trône au plus haut des Cieux et que nous croyons pouvoir faire descendre jusqu'à nous? C'est pourquoi Dieu a toujours été considéré par l'humanité comme le Véritable Sans-Nom. D'un autre côté, il est vrai aussi que personne n'a reçu autant de noms que Lui, parce qu'aucun d'entre eux, pris isolément, n'est capable d'épuiser, ne serait-ce qu'approximativement, le Contenu de l'Être Divin. Tel un fleuve d'admiration respectueuse et de respect admiratif, ces Noms ont jailli des lèvres des êtres humains, qui étaient bien conscients de ne faire, en l'occurrence, que balbutier.
Ainsi demande Augustin dans le premier livre de ses Confessions: «Qu'est donc mon Dieu? Qu'autre chose que le Seigneur Dieu? Car qui est Seigneur hormis le Seigneur? Ou Qui est Dieu, hormis notre Dieu? Plus-Haut, Tout-Bon, Tout-Puissant, Omnipotent, Tout-Miséricordieux et Très-Juste, Très-Caché et Omni-Présent, Très-Beau et Très-Fort, Toi le Constant et l'Incompréhensible, Toi l'Immuable Qui renouvelles toutes choses, jamais nouveau, jamais ancien, Tu renouvelles pourtant tout.» —
Ce sont des Noms de retenue [Namen der Scheu] que nous essayons ici de donner à Dieu. Ils apparaissent comme de pures timidités, ils ressemblent à de petits enfants qui aimeraient se blottir contre Dieu le Père et ne peuvent pourtant le saluer que de très loin. Pour une part, ce sont aussi des noms de détresse, qui signifient au fond plus un appel au secours qu'une désignation de Celui pour Lequel même l'éloquence de la peine ne trouve aucun Nom pleinement adéquat. Et enfin, ce sont des Noms de Vénération et d'Amour que nous attribuons à Dieu lorsque nos cœurs débordants cherchent à Le remercier, à Le louer et à Le glorifier comme il Lui convient selon notre appréciation.
C'est un Feu Sacré qui flambe à notre rencontre à partir de tous ces Noms, que le Plus-Haut soit célébré en indo-germain comme «la Lumière», ou révéré et adoré par les croyants sémitiques comme «le Seigneur» et «le Souverain», comme «le Fort d'En Haut». C'est comme si les êtres humains rassemblaient toutes les magnificences du Monde pour en parer cet Esprit sublime Qui a produit toutes ces Magnificences, les possède, est en elles par Sa Force et pourtant les surpasse et les domine toutes sans mesure. Nous Le ressentons, car nous empruntons aussi aux choses qui nous remplissent d'effroi les Noms par lesquels nous confessons notre Dieu. En Hébreux 12, 29, Dieu est décrit comme «un Feu dévorant», et en 2 Maccabées 1, 24, il est souligné qu'Il est redoutable et fort. Puis, à d'autres moments, toutes les douceurs nous sont précisément les bienvenues pour en combler, pour ainsi dire, Dieu. Il est, d'après les Épîtres pauliciennes, un «Dieu de Patience, de Consolation, d'Espérance et de Paix», un «Dieu de Vérité», oui, et tout à la fin nous nous élevons jusqu'au plus attrayant de tous les Noms lorsque Jean (1 Jean, IV, 8) écrit: «Dieu est Amour.».
Et malgré cela, nous ne pouvons jamais nous tranquilliser à la pensée que nous aurions maintenant atteint la Grandeur de Dieu, que nous aurions par là fidèlement tracé l'Image de Dieu. Il est précisément et demeure, comme l'enseigne Abd-ru-shin, le "Sans-Étant" / "l'Inentéallique" ["der Wesenlose"]. Combien il a raison avec son explication selon laquelle le Divin doit toujours rester un Saint Mystère pour tout esprit humain, puisqu'il se tient au-dessus des origines spirituelles de l'être humain, et qu'aucune nature ["Beschaffenheit"], pas même la nature spirituelle, ne peut se développer au-delà de cette Origine. L'être humain ne le peut donc pas non plus, dans sa pensée ni dans son ressentir.
De là proviennent sans doute aussi les nombreux noms de négation que nous attribuons à Dieu par le sentiment de notre impuissance. En réalité, nous savons bien plus ce que Dieu n'est pas que ce qu'Il est. C'est pourquoi nous Le nommons l'In-commensurable et l'In-fini, l'Im-muable et l'In-variable, l'In-compréhensible et l'In-saisissable. Et quand nous pensons à l'obscurité dont nous sommes entourés, et quand nous regardons dans toute la misère qui est liée à ce monde de la matière et à notre existence, nous nous hâtons, pour ainsi dire, de protéger Dieu contre cela et de confesser: «Dieu est Lumière, et en Lui {il n'y a} nulle ténèbre.» (1 Jean. I, 5.)
Il est vraiment bouleversant de voir comment l'âme humaine lutte pour trouver un Nom {qui soit} digne de Dieu. «En Toi repose le Tout et {le Tout} s'élance en même temps vers Toi. Car il aboutit en Toi, Toi qui es Un et Tout, et pourtant aucun de tous. Ni un, ni tout! Comment dois-je donc Te nommer? Toi seul, le Sans-Nom, que tous les noms confessent pourtant?» chante déjà Grégoire de Nazianze.
Combien valent et signifient dès lors nos noms face à Dieu? Ont-ils seulement un sens? L'on serait presque tenté de dire qu'il y a quelque chose de sensément absurde dans cet effort. En tout cas, cela devient dénué de sens lorsque l'intellect veut y prendre la direction. Car ici, il doit, plus encore que d'ordinaire, complètement échouer. Comment un aveugle peut-il avoir la prétention de décrire le Soleil, de nous révéler sa nature! Puisque c'est bien notre ressentir spirituel qui nous fait {nous} approcher de Dieu, nous avons au moins la garantie d'être sur le bon Chemin, même si nous n'atteignons pas d'emblée le But.
Il est un Nom qui vient le plus promptement au secours de notre détresse spirituelle à nommer Dieu. C'est le Nom de l'Ancien Testament: Yahvé. Yahvé signifie "Celui qui est" ["Der Seiende"]. Si nous voulons utiliser une image, nous nous avançons avec cette désignation au pied d'une immense paroi rocheuse, là où la montée est la plus raide, où il n'y a plus de transition ni de médiation, où le Réel s'élève en direction verticale de la non-valeur à la Valeur, de l'obscurité à la Lumière, du non au Oui, du non-être à l'Existence. Et nous sentons que dans cette direction, le long de cette Hauteur verticale, doit passer le Chemin le plus droit vers Dieu. Il est le pur et simple Être, Il est l'Existence elle-même, l'Affirmation et la revendication la plus directe, la plus abrupte, la plus audacieuse et la plus inexorable de tout ce qui est Beau, Vrai et Bon. «Dieu» [«Gott»] et «Bon» [«Gut»] ne sont pas seulement Un par le langage, ils sont aussi Un dans leur essence. Exprimé négativement: Dieu est la Négation mortellement hostile du Néant, de tout ce qui est impur, vil, mauvais. Car cela n'est qu'un manque, une absence du Bien. C'est pourquoi nous ne devrions pas tant nous en soucier, mais le punir par le mépris; car le néant mérite cela. Mais Dieu nous crie d'une Voix de Tonnerre: "Je suis!". Et nous le ressentons avec un étonnement sans bornes: Il est, Il est, Seul et Unique! Dans le Nom de Yahve réside la connaissance que, par comparaison avec Dieu, nous sommes, à vrai, dire des non-existants, de pures nullités.
Ainsi lisons-nous chez Ésaïe (XL, 17): «Toutes les nations sont devant lui comme si elles n'étaient pas, et elles sont comptées par lui comme un rien et comme du vide.». — Si nous mettons en parallèle l'auto-déification à laquelle s'adonne l'être humain moderne dans la technique et la culture, le sport et le jeu, ce comportement en soi ridicule doit nous apparaître carrément comme un blasphème. Méditons cela sans cesse: Dieu Seul EST! Il possède l'Être, ou mieux encore: Il est l'Être dans toute Sa Plénitude. Tout le reste n'est qu'apparence et n'existe que dans la mesure où il participe, où il lui est permis de participer à l'être incommensurable de Dieu.
De ce qui vient d'être dit, il résulte que ce fut l'une des intuitions les plus profondes de l'esprit et du cœur humains que d'avoir nommé Dieu de ce Nom de Yahvé. Oui, le Sens inépuisable de ce Nom semble confirmé et agréé en grâce par le Dieu de la Révélation lui-même. À une époque semblable à la nôtre, où il s'agissait d'éliminer un présent sombre et sans consolation et de créer à sa place un avenir lumineux: à ce moment important, la question fut posée à Dieu de savoir Qui Il était. Et Dieu répondit au Guide du Peuple, qui était bien conscient de sa grande responsabilité: «Jehi Jahve, «Je suis {le} "Je suis", Je suis Celui qui est.».
Car c'est précisément alors que le pauvre peuple maltraité et piétiné devait faire l'expérience de son Dieu comme du Réel, du Seul Réel. «Je suis le "Je suis"», qu'est-ce que cela doit vouloir dire d'autre que: «Je suis le Toujours-Même en Amour, en Justice et en Miséricorde, Je ne peux jamais changer?». Quoi qu'il fût arrivé au cours de longues et sombres époques, le Dieu ancien vivait encore; Son immuable Éternité et Son inaltérable Fidélité étaient assurées au Peuple et garantissaient l'absolue Vérité du Message Divin.
C'est ainsi que le Plus-Haut, à la tremblante question de Moïse demandant quel est Son Nom, déclare en toute Solennité: «Je suis Celui Qui Est, Je suis l'Être Absolu. Ainsi diras-Tu aux fils d'Israël: Celui Qui Est m'envoie vers vous… c'est là Mon Nom pour toujours, et c'est ainsi que l'on se souviendra de moi, de génération en génération.».
Dieu est dès lors l'Existence, le Fait-d'être-réel même. C'est pourquoi il ne peut pas non plus y en avoir un second qui soit Son égal, un Être comme Lui. Ces deux êtres devraient autrement s'arrêter l'un devant l'autre, se limiter l'un l'autre et ainsi s'évincer l'un l'autre. Ou différemment exprimé: Il y aurait un abîme entre les deux, et là ils toucheraient au néant. Le néant ne serait donc pas entièrement englouti par eux, c'est-à-dire qu'ils ne seraient ni l'un ni l'autre Dieu. C'est la raison pour laquelle une jalousie immense traverse toute l'Écriture Sainte, la jalousie contre la plus grande et la plus abominable de toutes les folies, celle qui croit qu'il existe des dieux par deux, par trois ou par multitude. «Écoute, Israël, Yahvé notre Dieu est le seul Dieu!» (Deutéronome VI, 4.). «Je suis le Je-suis. C'est là Mon Nom. Ma Gloire, Je ne la partage avec aucun autre, ni Ma Puissance avec les idoles.». — Ce sont des mots incisifs. Mais ils sont aujourd'hui encore tout aussi de mise qu'alors. Car aujourd'hui encore, des idoles en quantité séduisent la majorité des êtres humains, à commencer par le veau d'or jusqu'au chiffon rouge. Une danse autour des idoles, un combat pour du rien. —
La Grandeur de Dieu vient, en outre, à notre conscience d'une manière presque effrayante lorsque nous essayons de Lui appliquer nos mesures d'espace et de temps. L'espace et le temps sont les réalités les plus puissantes que nous percevions dans notre monde. C'est pourquoi tant d'êtres humains, qui ne laissent agir que leur seul intellect, y succombent et ne voient plus du tout au-delà. Cependant, devant Dieu et face à Dieu, ces mesures se brisent. Il n'existe absolument aucune possibilité de saisir Dieu de quelque manière spatiale que ce soit. Il est, en effet, Celui Qui Est, dont la Force traverse tous les êtres; c'est pourquoi Il doit aussi être également proche de toutes choses. Il n'est pas plus proche de la Terre que de Sirius. Jérémie XIII, 23-24 fait crier à Dieu: «Suis-je donc un Dieu qui doit être proche pour entendre? Ne puis-Je pas aussi atteindre le lointain? Si quelqu'un se cachait dans le lieu le plus secret, ne pourrais-Je plus l'apercevoir? N'emplis-Je pas le Ciel et la Terre?» dit le Seigneur.». —
C'est pourquoi ce serait peine perdue et grande folie que de vouloir lui échapper. Le psalmiste chante de manière saisissante (Psaume 139 [138], VII-12): «Où irai-je pour échapper à Ton Esprit, et où fuirai-je loin de Ta Face? Si je monte au Ciel, Tu y es; si je descends au séjour des morts, Te voilà encore. Si je prenais les ailes de l'aurore pour voler vers l'Orient, ou si je voulais me poser à la mer du couchant, là aussi Ta Main me guiderait et Ta Droite me tiendrait. Et si je disais: Que les ténèbres me cachent au moins, et que la nuit devienne Lumière autour de moi pour ma Joie; la ténèbre elle-même ne serait plus obscure devant Toi, et la nuit serait claire comme le jour. L'obscurité et la Lumière — devant Toi, elles sont une même chose.».
Combien devient clair et démonstratif pour nous, dans ce contexte, ce que Abd-ru-shin désigne comme les grandes Lois Divines! Comment les êtres humains myopes essaient-ils sans cesse d'échapper à Dieu et à Sa Loi qui régit tout, ou, lorsqu'ils l'ont violée, d'en obtenir le pardon par quelques formalités extérieures. En vain. Les Lois de Dieu sont omniprésentes et inébranlables. De même que la Vérité est partout sans être liée à un lieu, et exige en même temps un accomplissement total — elle ne serait pas la Vérité autrement —, ainsi en est-il de Dieu et de Sa Loi. S'ordonner, s'intégrer est la seule résolution raisonnable pour nous dans l'année ancienne comme dans la nouvelle, et dans toute notre vie.
Devant Dieu et auprès de Dieu, l'espace ne compte pas. Mais le temps non plus. Comme en un unique point immobile, son existence est, pour ainsi dire, rassemblée. Imaginons un cercle. Sur la ligne du cercle, prenons différents points. C'est nous, nos différentes incarnations, ou aussi, si nous voulons, les différentes années d'une vie. Mais où est Dieu? Au Centre. Où que nous soyons: Il y a toujours la même distance de la ligne du cercle au Centre, de nous à Dieu; le Centre, Dieu, nous reste toujours également proche; Il nous regarde toujours, dans le passé, dans le présent et dans l'avenir. Oui, auprès de Lui il n'y a, à vrai dire, que le Présent, un éternel Aujourd'hui. Nous cheminons, nos points se déplacent. Mais Lui reste inébranlable au Centre, dans un repos actif et une activité reposante. Il est le Contemporain temporel et présent de tous les êtres humains et de toutes les choses, le Contemporain de tout événement et de tout devenir. Il n'avait aucune durée de chemin à parcourir depuis le moment où la Voie Lactée a vu le jour jusqu'au jour où, sur la Terre, le Soleil a brillé pour la première fois. Il n'était pas plus jeune à l'époque où les Patriarches vivaient et mouraient, et il ne sera pas devenu plus âgé lorsque l'énergie solaire sera, un jour, consommée et que l'astre étincelant sera désert et froid comme une terre polaire.
Ou quel autre sens auraient les majestueuses Paroles de l'Apocalypse (I, 8): «Je suis le Premier et le Dernier, le Commencement et la Fin… Je suis Celui Qui Est, Qui Était et Qui Vient.». Ou le Psaume 90 [89], 2-4: «Avant que les montagnes fussent nées, et que fussent créés la Terre et le Monde, d'éternité en éternité Tu es, ô Dieu. Tu fais retourner les êtres humains à la poussière (s'ils n'ont pas vécu selon leur destinée) et Tu dis: "Retournez-y, fils des hommes!". Car mille ans sont à Tes yeux comme le jour d'avant-hier quand il passe, et comme une veille de la nuit.». — «Avant qu'Abraham fût, Je suis», disait le Christ, alors que son être humain ne comptait pas encore cinquante ans [NDLR: Et pour cause, s'Il a été crucifié à 33 ans!]. N'y a-t-il pas également sur ce mot quelque chose de la solitude de l'Horeb, l'impérissable Majesté du Nom de Yahvé? N'y a-t-il pas en lui la preuve la plus évidente que le Christ était plus qu'un homme, véritablement le Fils de Dieu, comme l'explique Abd-ru-shin?
Qu'est-ce que Dieu? Nous ne le savons pas encore. Et pourtant, un pressentiment remplit peut-être notre cœur. Laissons-nous nous en contenter. La moindre connaissance de Dieu et la plus petite expérience vécue de Dieu valent bien plus que tous les trésors et toutes les sciences de ce monde. Assurément, nous pouvons et devons nous rapprocher de notre Dieu. Mais jamais sans respect envers Sa Majesté infinie! Notre époque est devenue tellement irrespectueuse, envers Dieu aussi. Le Sacré est traîné dans la poussière. Plus de crainte de Dieu nous serait vraiment nécessaire, même si la confiance, une confiance infinie, ne doit jamais manquer. Car Dieu est tout aussi Juste que Bon; oui, Sa Justice est la Bonté même.
Autrefois, nous croyions que le Soleil venait à nous, qu'il se levait pour nous. Aujourd'hui, nous savons qu'il trône dans des lointains inaccessibles, créant, agissant, engendrant la vie. Nous savons, en outre, que nous devons nous tourner vers lui, nous ouvrir à lui, pour qu'il puisse pleinement nous rendre heureux et nous vivifier. Dieu n'est-il pas comme le Soleil?
Si donc Tu T'éprends de Nostalgie pour Dieu, si Tu veux vivre en Lui et Le comprendre par pressentiment, tiens ferme ceci: Il ne peut durablement habiter que dans un cœur entièrement pur et libre, qui s'élève humblement vers Lui et s'ouvre à Lui avec Foi. Lui, qui est Esprit et merveilleuse Harmonie, la confusion, la servitude, l'étroitesse et l'infamie ne sauraient l'héberger. C'est pourquoi: {Que} la Pureté, la Profondeur, la Beauté et la Liberté de Ton âme {soient} au-dessus de tout, frère, sœur! — —
("Der Ruf" – Cahiers V, VI et VII)