La Force
Ernst Laute
Nous vivons! En raison de la pensée qui nous est possible, nous savons que nous vivons. Nous mourons! Nous savons que nous mourons.
Si l’horloge de la vie terrestre d’un être humain s'arrête normalement — le fait de mourir de maladie devant être inclus ici —, l'on dit à juste titre: ses forces l’abandonnent ou l’ont abandonné; si la mort survient par accident ou autre événement similaire, ce sont des effets de forces qui en ont été la cause. Si l’être humain quitte la vie terrestre par sa propre décision, il l’a fait parce que la force lui manquait pour pouvoir opposer aux obstacles, aux souffrances et aux peines la force de les surmonter. S’il a mis fin à sa vie terrestre en faisant abstraction de sa pensée, dans un état de démence, c’est à nouveau une force quelconque qui l’y a poussé.
Tout cela réfléchi, appliqué et éclairé où et comme l'on veut, signifie que pour tout, mais avant tout pour vivre, il faut ... de la Force!
Mais sans lancer cela trop à la légère — même si, avec une juste compréhension, ce n'est pas absolument faux dans toutes ses parties —, l'on peut dire désormais: pour la vie dans son ensemble, de la Force est requise; la vie tout entière est Force. L'on ne doit pas supposer que la Force serait simplement là et qu’elle apporterait une vie toute faite sans effort ni aspiration personnels, sans responsabilité propre — non, il en va autrement: pour pouvoir vivre, la Force est nécessaire, la Force doit être utilisée consciemment!
Nous utilisons la Force pour respirer, pour penser, pour agir, pour nous mouvoir; notre vouloir et notre savoir nécessitent de la Force, et même le fait de mourir ne se produit pas sans Force, bien que cela ne soit pas encore généralement compris.
Tout et partout est Force! C’est bien exact et cela devrait être pour l’être humain une occasion suffisante de prendre conscience, par une pensée sobre, qu’à ce qu’il faut entendre par force en ce sens, une importance prépondérante doit être attribuée; car dans l’emploi et la juste application de la Force gît la valeur ou la non-valeur, gît l’évolution vers l’avant et vers le haut, ou le déclin dans l’infériorité avec pour but ultime le non-être pour toute vie, y compris pour la vie de l’être humain.
Valeur ou non-valeur, ascension ou déclin, être ou non-être sont à puiser dans cette Force existante, selon l'attitude et le vouloir de chaque individu.
Maintenant, la première question qui se pose naturellement est la suivante: Qu’est-ce donc que cette Force, où est-elle, comment se manifeste-t-elle, comment puis-je l’obtenir et comment dois-je l’utiliser?
Pour y répondre, partons de nous-mêmes, représentons-nous simplement, un court laps de temps, l'une de nos heures de la journée, en nous observant et en examinant attentivement nous-mêmes et notre entourage, et beaucoup de choses deviendront claires pour nous.
Prenons, par exemple, le moment où nous nous réveillons, le matin. Aussitôt, quelque chose nous passe par la tête, comme l'on a coutume de le dire. Il nous vient, par exemple, la pensée de l’heure qu'il est, nous devons nous lever, pensons-nous; l'occupation de la journée qui nous attend nous vient à l’esprit; des pensées sur quelque chose que nous avons vécu la veille, sur un travail que nous n’avons pas terminé, se présentent, et cela se poursuit continuellement. En nous, quelque chose s'est mis en mouvement.
Nous nous sommes levés de notre lit, nous nous sommes rafraîchis et habillés, nous avons pris notre petit-déjeuner et, au cours de ces actions, nous avons déjà laissé l’environnement agir sur nous en faisant des perceptions par les yeux, les oreilles, le toucher. Sur nous et par nous, quelque chose a été mis en mouvement!
Comment cela s’est-il produit?
Même si, pendant le sommeil, nous n’étions pas totalement coupés, avec le réveil nous nous sommes en quelque sorte branchés, nous nous sommes raccordés à une centrale; et la première pensée — qui est probablement dans la plupart des cas une pensée d’habitude qui se répète sans cesse, mais qui peut aussi trouver son origine dans des impressions passées et être encore d’une autre nature —, ce premier mouvement est déjà une connexion renforcée avec cette centrale et, en même temps, un apport de force venant d'elle.
La Force est donc là! L’être humain doit d’abord accepter cela comme un fait établi. S’il reste éveillé dans l’observation de lui-même et de son environnement, il recevra également et toujours à nouveau la confirmation de cette présence par des perceptions en lui-même et autour de lui.
Mais si un être humain en est déjà au point de ne pas connaître et d’utiliser la prière seulement de nom, il peut sans aucun doute se rappeler aussi avoir, plus d’une fois, éprouvé du réconfort et vécu une élévation de son âme par une prière. Il a ainsi déjà ressenti que la Force est réellement présente, et il possède en outre la clef pour l’obtenir.
Puisse-t-il seulement garder un tel souvenir vivant, puisse-t-il aspirer à être plus souvent animé d’un même ressentir. Il deviendra alors de plus en plus clairement et fortement conscient d’être étroitement lié à des courants de Force capables d’exercer une action sur lui. L’explication et la compréhension des processus naturels pourront lui venir plus tard, si tel est son désir.
Si l’on s’occupe maintenant plus en détail de ce qui vient d’être brièvement exposé — ce qui n’a absolument rien de nouveau, mais est une évidence pour chacun —, il doit frapper celui qui veut y trouver quelque chose qu'il émane alors de l'être humain quelque chose qui prend contact avec la Centrale de Force mentionnée, qu'il met en mouvement le levier pour recevoir un apport de Force par sa pensée et son vouloir.
Ce sont la pensée et le vouloir qui déclenchent tout; par la pensée et le vouloir, la Force qui paraît si mystérieuse est mise en mouvement.
Tout ce qui est pensé, tout vouloir est nourri par cette Force. Cette Force est un Don de Dieu; pouvoir l’utiliser est une grande Grâce pour l’être humain.
Garder cela présent à l'esprit devrait être le principe fondamental inébranlable de chaque être humain, afin qu’un tel Don de Dieu — qui, dans son sens le plus profond, est la vie — ne soit utilisé que pour la Gloire de Dieu. Il devrait aussi penser que tout ce que l’être humain crée, que ce soit en paroles ou en actes, dans les grandes comme dans les petites choses, a toujours été précédé par une pensée et un vouloir correspondants!
En cela, il doit arriver à la prise de conscience que tous les actes constructifs, les œuvres bénéfiques, ce qui est grand et sublime, n'ont pour fondement que de bonnes pensées et un bon vouloir, tandis que ce qui est mauvais et maléfique ne peut avoir de même pour condition préalable que ce qui est de même genre. C’est une conclusion logique qu'il est à vrai dire superflu de mentionner particulièrement ici, puisque par ce qui a déjà été dit, chaque lecteur a déjà dû prendre conscience de ce que l’être humain a entre les mains avec cette Force, de ce qu’il peut créer avec elle, de ce qu’il a créé et de la responsabilité qui pèse sur lui.
Il ne faut aucun effort pour constater et distinguer les produits d'un bon ou d'un mauvais vouloir, ni pour trouver quel genre prédomine.
L’ennemi du Bien a eu jusqu’à présent la suprématie en cela. Presque tous les êtres humains sont plus ou moins en son pouvoir, la plupart du temps sans s'en douter eux-mêmes. Mais chacun d'entre eux est en danger de totalement sombrer, parce que presque toute la pensée et le vouloir s'effectuent aujourd'hui sans éveil spirituel et ne peuvent donc rien faire naître ni s’épanouir comme cela pourrait et devrait l’être, tel que cela réside dans la Détermination du Plus-Haut. C’est pourquoi, de manière tout à fait naturelle, l’être humain lui-même et sa conduite de vie se meuvent, aujourd'hui, à un niveau auquel il ne peut subsister devant son Créateur.
Il s’ouvre de fausse manière à la Force, qu’il attire pourtant à lui et met en mouvement, qui devient ensuite agissante, avec laquelle il peut régner et qui lui permettrait aussi d’atteindre le plus haut. De manière impérative et présomptueuse, il cherche à l’utiliser, au lieu de le faire dans le joyeux vouloir vers le Bien et dans la gratitude envers le Donateur de cette grande Aide.
Si elle est cependant reçue et utilisée par l’être humain dans l’Humilité, comme on doit l’attendre d’une créature envers le Créateur, la Force ne peut alors produire que le Bien, et l’être humain — qui, parmi les créatures, se tient comme le principal intermédiaire de cette Force dans la Création de Dieu et est capable de la diriger — peut devenir ce qu’il peut et doit être, ce qu’il devrait déjà être: Le conservateur et le promoteur de la Création!
La Force donnée par Dieu! Tout l’Univers en est alimenté. On la trouve partout, on peut l’atteindre depuis n’importe quel endroit pour y puiser pour la Vie, parce qu’elle est la Vie.
Mais ce n'est que par une juste direction de cette Force par les êtres humains que peut devenir, dans cette lourde matière de la Terre, ce qui doit subsister, ce qui est voulu par Dieu! Tout autre effort est vain et pernicieux. De cela dépend le bien-être terrestre et le malheur terrestre de tous les peuples comme de l’individu.
La Force créatrice, ainsi reçue et saisie, fait rapidement apercevoir toute la Toute-Puissance, la Sagesse et la Bonté de Dieu, détache l’être humain des attachements et des liens, lui donne la capacité de jugement et la conscience libératrice de remplir fidèlement, avec sa vie individuelle, un but au service de la vie globale; de sorte que, se mouvant dans l’éclat d’une liberté dorée, l’esprit devient réceptif aux choses qui ne pouvaient jusqu’alors l’atteindre.
Dans l’Humilité, il peut même recevoir encore bien plus. Il peut lui être accordé: la connaissance du cours du Monde, comment il est né, pourquoi il existe avec tout ce qui y vit.
Lui-même ne comprendra qu’alors toute sa valeur et son but; car le contenu plein de sens d’un être humain ne peut se reconnaître que lorsque l’origine et le but, ainsi que le chemin situé entre ces deux pôles et devant être parcouru, sont montrés et trouvés.
Sachant, l’être humain peut alors former sa vie; de très anciennes Prophéties se révèlent à lui accomplies sans lacune.
Une Paix sainte et une joie béatifique pénètrent dans son esprit qui, jubilant dans la joyeuse Création, apporte son action de grâce au Créateur, en recevant toujours à nouveau la Force pour cela à la Source qui lui reste gracieusement ouverte pour toute l’éternité.
- "Die Stimme" ["La Voix"] n°1 -
Article n°4 - Janvier 1937.