Il n’y a pas très longtemps apparut dans une exposition d’art londonienne un tableau qui représentait le Christ errant dans les rues d’une grande ville moderne. Cela ne serait pas en soi très surprenant ni extraordinaire, puisqu’une interprétation très répandue d’une Parole biblique veut parler du Retour du Christ sur la Terre.
Le peintre représenta cependant le Sauveur vêtu de la manière dont le vêtement de ces jours et pays lointains est venu jusqu’à nous à travers les millénaires. Cette conception totalement anachronique éclaire d’un coup le manque de clarté qui règne sur la manière dont on veut se représenter aujourd’hui la Venue d’un Prophète ou même d’un Fils de Dieu.
La plupart des êtres humains, si une question à ce sujet leur était posée, souriraient à coup sûr avec supériorité en justifiant qu’il est bien inutile de se casser la tête à ce propos, car premièrement il n’en viendrait aucun et si, finalement, cela devait tout de même arriver une fois, alors on verrait bien... qu’il appartient, après tout, à un Prophète et Envoyé de Dieu lui-même de prouver sa Mission.
Par là, l’affaire est réglée pour ces êtres humains. Mais quiconque regarde un peu plus en profondeur sait ce qu’il en est de la preuve d’une Mission divine chez cette sorte de gens. Ils ne croiront pas, car la Foi exige des sacrifices, ne serait-ce que dans un changement d’attitude. Des sacrifices, ils ne veulent pas en faire, tout comme ils méconnaissent, de manière générale, le fait que l’être humain d’aujourd’hui a plus que jamais besoin de se confronter à une telle question.
La nécessité trouve déjà sa justification dans le fait que l’occupation d’une question sur le domaine spirituel — et c’est sans aucun doute de cela qu’il s’agit ici — est le contrepoids le plus efficace au matérialisme régnant aujourd’hui.
Quiconque a reconnu le matérialisme comme l’origine de toutes les erreurs et fautes régnant aujourd’hui le comprendra sans peine. La Bible indique, en outre, une époque dans laquelle la Venue d’un Fils issu de Dieu doit se répéter et dont les caractéristiques concordent avec notre époque actuelle. La remarquable accumulation de faux prophètes!
Beaucoup n’en ont encore rien remarqué du tout, parce qu’ils limitent la notion de «Prophète» de façon bien trop étroite. En général, l'on entend par prophète un homme qui a reçu de Dieu une Mission; dans l’exercice de cet Appel, il devient Prophète.
En partant de ce constat tout à fait exact, l'on ne veut reconnaître, aujourd’hui, comme faux prophète que celui qui propage sciemment qu’il doit remplir une Mission divine sans que cela ne corresponde à la réalité. Mais, par là, seule une toute petite partie de ceux qui sont visés par la Parole biblique est saisie. Comptent surtout parmi eux ceux qui veulent élever au rang de conception du monde un système existant ou seulement en cours d’élaboration, et, en outre, tous ceux qui, en poursuivant une attitude matériellement unilatérale, veulent nier le spirituel dans l’être humain — c’est-à-dire ce qui est immortel.
Ces faux prophètes se trouvent partout, dans tous les domaines; dans la vie spirituelle, culturelle, scientifique et politique. Il y en a des milliers! Mais celui qui est attendu, et qui doit être le véritable Envoyé de Dieu, n’est qu’un seul parmi une masse d’imitateurs qui lui sont hostiles. Et pourtant, l’être humain qui aspire à des Valeurs spirituelles est placé devant la nécessité d’examiner avec rigueur tout prophétisme se trouvant sur son chemin afin de reconnaître le Promis.
Au premier instant, cela paraît énormément difficile et presque insoluble pour l’être humain. Mais cela ne fait que le paraître. À chaque être humain est donné un étalon infaillible pour distinguer le faux du vrai. Il doit retrouver cet étalon, ce qui ne lui sera certes pas facile; car cela exige un réveil des Valeurs qui font seulement d’un être humain un être humain. C’est le seul chemin praticable.
Il est permis à l’être humain d’en conclure qu’un Envoyé de Dieu et ses vrais assistants s’efforceront, en tout premier lieu, d’agir sur l’intérieur des êtres humains pour faciliter à ceux-ci le chemin vers la vraie humanité, oui, pour le rendre tout d’abord de nouveau praticable et créer ainsi un fondement sain.
L’Envoyé de Dieu devra procurer aux êtres humains la plus entière clarté sur les processus en eux et autour d'eux, afin de leur donner par là un maintien spirituel ferme. Nous reconnaîtrons le Venant ["Der Kommende": "Le Venant", "Celui Qui Vient"] déjà au fait qu’il fait de la Foi une Conviction sachante.
Ce qui est surprenant chez l’humanité pourtant si éclairée, c’est la naïveté insouciante avec laquelle elle se représente la Venue d’un Envoyé de Dieu. Ceux qui ne rejettent pas d'emblée la possibilité de la Venue d'un tel Envoyé ou ne la tiennent pas pour anachronique — il y a malheureusement assez d'êtres humains qui sont d’avis que Dieu Se règle sur leurs désirs et leurs vues —, se représentent la Venue de telle sorte qu’Il arriverait transporté sur les nuées et descendrait sur la Terre de manière visible pour les yeux terrestres, prouvant ainsi, par cela seul, Son authenticité.
Cette vue est extrêmement commode et dispense de l’examen et de la recherche qui sont précisément inévitables! La foi en une telle possibilité contient, malgré toute son insouciance apparente, enfantine ou pour mieux dire «puérile», une immense arrogance, mais aucune grandeur. Elle pose sans détour l’attente que Dieu doive S’approcher des êtres humains qui se sont détournés de Lui, et non que l’être humain s’approche de son Créateur.
Le fait de se prévaloir de ce que les anciennes traditions exprimaient ainsi témoigne d’une paresse de pensée, car il n’est pourtant pas difficile de reconnaître que seules des actions spirituelles sont visées par là et n’ont qu’indirectement à voir avec la Venue terrestre.
La conception déjà mentionnée de l’artiste sur le tableau londonien n’élève pas non plus de prétention à un grand approfondissement. Est-il donc nécessaire qu’un Prophète atteste sa Mission par l’extravagance? N’y a-t-il pas bien plus de grandeur dans le fait que Dieu laisse Son Envoyé devenir homme parmi les hommes? Si nous y réfléchissons bien, c’est de manière générale la seule possibilité pour qu'un Secours puisse encore venir aux êtres humains terrestres de la part de la Lumière. La savoir que l’Envoyé de Dieu est instruit par là de toutes nos fautes et de toutes nos détresses, du fait qu’Il est lui-même devenu homme, peut être pour nous la plus belle consolation et la confiance {dans le fait} que le Secours viendra à nous par des voies sur lesquelles nous pourrons le reconnaître et l’utiliser.
Quiconque est convaincu de la Perfection de Dieu sait que ce Chemin est le bon, que le Venant {emprunte} hors de l'enchevêtrement, de la confusion et de la déviation des êtres humains terrestres, afin de pouvoir aider ceux-ci et leur faire parvenir leur salaire.
Oui, c’est cela, nous le ressentons tous, nous qui croyons en Sa Venue; Il tiendra {le} Jugement, devra tenir {le} Jugement, si le peu de bons ne doit pas sombrer encore dans les pièges du mal. La Justice de Dieu ne le veut pas, car Dieu est la Perfection. C’est pourquoi Il fera tenir {le} Jugement.
Même ceux qui ne veulent pas croire à une telle chose ressentent inconsciemment comment une Pression générale pèse déjà maintenant sur l’humanité. D’où viendraient cette hâte toujours plus frappante, cette agitation. La recherche, le fait de s’agripper convulsivement à des Valeurs qui, héritées de temps meilleurs, doivent garantir encore maintenant une subsistance, ou bien, lorsqu’elles ne sont plus en mesure de le faire, la soumission sans volonté aux promesses de nouveaux apporteurs de bonheur pour l’humanité.
Ce n’est pas non plus un hasard si notre époque tend vers des dictatures, car elles aussi ne sont que l’expression d’une impulsion intérieure indéterminée et d’une recherche qui veut prendre forme dans le suivisme d’un conducteur.
Tous ces signes parlent pourtant un langage si éloquent qu’ils devraient être pour tout homme sérieux un avertissement constant à garder les yeux et les oreilles ouverts. Avec la mentalité peu glorieuse de nos contemporains, la conclusion n’est même pas erronée selon laquelle c’est peut-être là qu’on peut le plus facilement trouver la Vérité: chez celui contre lequel l'on ne saurait trop en faire en diffamations et en persécutions, car c’est là aussi que se trouve, selon les circonstances, la Vérité authentique et vivante.
Nous ne voulons tout de même pas être optimistes au point de supposer que le Venant pourra suivre Sa Voie sans être attaqué. Ce qui est arrivé à Jésus est encore bien trop nettement sous nos yeux! En Son Temps, l'on a reproché à Jésus de rechercher le pouvoir terrestre; la même chose serait, par exemple, tout aussi bien possible aujourd’hui avec la méfiance générale qui règne. À l’époque, l'on décidait pour cela de la mort, aujourd’hui l'on a d’autres méthodes. Il serait fort possible que l’on tente de rendre l’Envoyé de Dieu moralement impuissant et de saper ainsi Sa Mission dès le départ.
C’est pourquoi il s’impose à nous, comme une nécessité supplémentaire pour ne rien négliger, de toujours regarder la Parole qui nous est offerte et non la Personne qui l’apporte. Si nous avons trouvé dans la Parole ce qui est juste, nous sommes certains que la Personne, en tant que telle, couronnera également le tout. Si toutefois la Personne est prise en vue en premier lieu, le danger existe alors que, par quelque chose d'entendu, de calomnieux ou d'analogue, la capacité de réception pour la Parole soit troublée et que l'on passe à côté du meilleur de ce qui peut nous advenir.
Presque chez tous les Prophètes, et avant tout aussi chez le Fils de Dieu Jésus de Nazareth, nous faisons l'expérience des mêmes phénomènes. L’autorité étatique et surtout le clergé dominant se placent d'emblée en opposition à ces Envoyés.
Si l’attitude des directions d'État peut paraître encore humainement compréhensible — elle n’est pas pour autant excusable —, l’attitude répétée du clergé est plus que surprenante; car elle tourne en dérision précisément les principes de l’Adoration de Dieu et du Service Divin qu’il représente.
Elle a toujours été une gifle au visage pour quiconque voulait voir dans le clergé le médiateur du chemin vers l’Ascension spirituelle. Chaque être humain devait reconnaître que le clergé de tous les temps passés plaçait le déploiement du pouvoir terrestre, basé sur une influence profonde sur la vie de l’âme des croyants, avant les véritables devoirs sacerdotaux.
Malgré ces événements de la période terrestre de Jésus-Christ et des Porteurs de Vérité antérieurs, l’humanité n’a pas appris la moindre chose, comme le prouvent à souhait les siècles écoulés, et la question n’est donc pas injustifiée de savoir s’il n’en va pas encore ainsi aujourd’hui! Nous ne voulons ni ne pouvons répondre, de manière exhaustive à cette question, mais nous voulons envisager toutes les possibilités, afin de ne rien manquer.
Il est bien clair qu’un Envoyé de Dieu doit être d’une Pureté inconcevable pour les concepts humains, sinon Il ne pourrait pas en être un. Mais il est tout aussi clair que Ses Notions fondamentales et Ses vues peuvent ou doivent être d’une tout autre nature en beaucoup de choses, parce que les êtres humains terrestres s'en sont éloignés au point de ne plus saisir ni comprendre la Volonté de Dieu, et ne font plus valoir que leurs propres vues dont ils ont fait leur loi.
Il va de soi que l’imperfection actuelle de toute l’humanité, même de ceux qui sont de bonne volonté, nous est bien connue. Ce sont là, comme il est facile de le comprendre, deux opposés très marqués dès le départ!
Là où régnent des oppositions, les frictions sont inévitables et ces frictions sont d'autant plus fortes que les oppositions sont grandes — ce sont là des faits bien connus. La conséquence en est naturellement une grave détresse pour tout Envoyé de Dieu Qui a à lutter contre une énorme puissance adverse.
Tandis que ceux qui sont de bonne volonté et ressentent leur imperfection reçoivent la possibilité de se reconnaître eux-mêmes et de se purifier, la partie malveillante de l’humanité remuera ciel et terre pour empêcher la propagation d’un Message de Dieu.
Nous voyons ici qu’une séparation de l’humanité s’est déjà produite en elle-même. La Bible parle, elle aussi, d’une telle Séparation qui trie les boucs des brebis. Parmi les boucs, si nous pensons de façon stricte et objective, nous devons, à vrai dire, compter aussi les tièdes, dont il est dit qu’ils seront vomis. Les tièdes sont les indifférents, les paresseux de la pensée, qui ne veulent être ni froids ni chauds et pensent avoir trouvé là leur sagesse de vie.
Il n’y a là aucune injustice, car dans la relation avec Dieu, il n’y a pour l’être humain, en tant que créature de Dieu, qu’une seule chose: une attitude reconnaissante, affirmative, et une insertion inconditionnelle dans Ses Lois et Ses Commandements. Mais les tièdes ne le veulent pas, car ils ne voudraient pas entrer en opposition avec les malveillants, tout comme ils évitent par commodité toute opposition. Ce faisant, ils doivent naturellement spirituellement s'endormir. Cette prise de conscience n'est pas nouvelle. Mais elle est de la plus haute importance pour chacun, et c'est pour cette raison que de telles paroles ne doivent pas rester non dites ici.
Pour quiconque ressent avec toutes les fibres de son cœur ce qu’est réellement notre époque, pour quiconque voit et entend avec ses yeux et ses oreilles tout ce qu’elle nous apporte, il doit le savoir et le reconnaître: le temps est mûr pour le grand Virage, pour le dernier Tri promis! C’est pourquoi tout chercheur doit se tourner vers Dieu, le Plus-Haut, avec cette fervente prière:
- «Seigneur, nous savons que Ton temps est venu et nous Te prions: Fais-nous reconnaître au bon moment!».
- "Die Stimme" ["La Voix"] n°1 -
Article n°2 - Janvier 1937.