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Le fidèle serviteur
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Extrait de „Ich klopfe an!“ [«Je frappe à la porte!»] n°44, par Maria Halseband.
Histoires entendues dans la Nature et vues dans le tissage de la vie humaine
pour petits et grands.
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Au chevet du vieil homme était assise la Mort. Son beau visage souriait; ses grandes ailes soufflaient un air frais sur le malade, et, dans un salut amical, elle s’approcha. Le vieil homme lui tendit les deux mains; la Mort était venue à lui comme une Amie.
- «Je pars avec Toi, sur-le-champ, ma chère», dit-il en se redressant, «je veux juste faire mes adieux.».
Il se pencha vers la table et caressa les Livres qui s'y trouvaient.
- «Vous les connaissez», poursuivit-il, «ils ont été mes meilleurs amis. Ma femme et moi avons été guéris par eux. Maintenant, nous allons vers la Lumière, vers le Bonheur. Mais c'était beau sur la Terre; car il m'a été permis de servir le Fils de l'Homme.».
Il caressa affectueusement la Croix d'Or qu'il portait autour du cou.
- «Qu’Il m’ait choisi, moi, un homme simple, pour transmettre Sa Parole à mes compagnons, je ne l’ai jamais compris, mais je L’ai toujours remercié en Le servant fidèlement. Le Livre Saint, je l’appelais ‘Ma Baguette magique’, car il ouvrait les cœurs des gens et me montrait comment ils étaient vraiment à l'intérieur.».
Le vieil homme réfléchit un instant, puis dit timidement:
- «Peut-être pourrions-nous passer par les endroits où j'ai été autorisé à transmettre la Parole, afin que je puisse en faire rapport à mon Seigneur, lorsque j'irai Le voir, maintenant.».
La Mort acquiesça d'un signe de tête et dit:
- «Je Te conduirai seulement jusqu’à la porte, mon ami. Tu peux aller où bon Te semble.».
Le vieil homme se leva sans effort des coussins et voulut s’habiller. À sa grande surprise, il constata qu'il portait déjà une magnifique robe blanche et que sur son cœur brillait la grande Croix d’Or.
- «N’oublie pas Ta baguette magique!», dit la Mort en souriant.
Le vieil homme chercha précipitamment le Livre; il avait disparu. À sa place reposait sur sa petite table un Bâton, clair et brillant comme un rayon de Lune. Le vieil homme le saisit avec Joie, puis, main dans la main avec la Mort, il franchit la porte.
Dans la pièce voisine, sa femme, assise dans un fauteuil, s'était assoupie, épuisée par tant de nuits blanches. L'homme caressa doucement ses cheveux gris.
- «Je n’ai pas à m’inquiéter pour Toi, Toi la compagne de ma vie», dit-il doucement, «Tu es dans le plus grand confort. Et bientôt Tu seras avec moi.».
Il effleura son cœur de son Bâton, et la vieille femme sourit, dans son sommeil. Quand le vieil homme releva les yeux, la Mort avait disparu.
Il marchait maintenant seul dans les rues sombres et silencieuses de cette petite ville industrielle, mais il lui sembla qu'une main bienveillante le guidait. Une fenêtre faiblement éclairée apparut devant lui; il regarda à l'intérieur. Une vieille dame, une amie de sa femme, était assise. Un Livre ouvert était posé devant elle sur la table, ses lunettes à côté, les mains jointes dessus.
Une Paix sereine se lisait sur son visage, la pièce était emplie de calme et de contentement, et une petite Lueur brillait dans son cœur. Le vieil homme hocha la tête, satisfait. En guise d'adieu, il caressa la flamme de son Bâton, et elle s'alluma, brûlant désormais comme une Flamme claire. Puis il reprit son chemin.
Dans une autre maison, vivait un jeune fonctionnaire qui rendait souvent visite au vieux couple, le Dimanche. Au départ, bien sûr, par curiosité, car le vieil homme était considéré comme une bizarrerie à l'usine, si différent de ses collègues. Il était toujours aimable, infatigable et joyeux; il offrait son aide et ses conseils, sans être intrusif. Ainsi, guidé par la Force du Graal, il se distinguait de la masse des ouvriers. Après la première visite, une amitié sincère s'était rapidement nouée. L'Enseignement Sacré avait trouvé un terrain fertile. À présent, le vieil homme vit le jeune homme assis et triste, pensant au paternel Ami, qu'il avait perdu.
- «Tu pourras continuer seul», dit le vieil homme en le touchant de son bâton.
La Flamme de la Parole de Dieu brilla plus intensément encore dans le cœur du garçon, et le vieil homme poursuivit joyeusement son chemin.
Les habitants de la maison suivante s'étaient moqués du Saint Livre. Le vieil homme tendit solennellement son Bâton vers celle-ci. Une étincelle jaillit, et aussitôt un nuage sombre et menaçant apparut au-dessus de la maison.
- «Oui», dit-il en continuant sa marche, «tout doit se juger par la Parole, comme l’avait dit le Seigneur.».
{Puis ce fut} une autre maison où l'Enseignement Sacré avait pénétré, et pourtant les habitants restaient tièdes et indécis. L'homme entrait justement dans la cuisine, où se trouvait sa femme.
- «Il est mort», dit-il en s'asseyant. «J'étais là, il y a un instant.». Après une pause, il ajouta: «En fait, c'était un bon camarade.».
- «Maintenant, il peut voir si c'est vraiment là-haut comme il nous l'a dit. Comment va la femme?» demanda-t-elle.
- «Parfaitement. Elle est restée immobile et sereine auprès du corps, que seule sa main avait le droit de toucher.».
- «D’où cette vieille femme fragile tire-t-elle sa force?» demanda l’épouse, stupéfaite.
- «Je lui ai posé la même question, et en silence elle a désigné sa Croix. Martha, ne penses-tu pas que nous devrions essayer de relire {le Livre}?»
La femme acquiesça et dit:
- «Nous avions arrêté, car nous étions toujours si fatigués, le soir, après une journée de travail, mais le vieux refusait catégoriquement de l’accepter. C’est ainsi que commencèrent nos disputes. Mais apporte le Livre, les enfants sont couchés, et aujourd’hui nous avons le temps.».
- «Espérons que ça continuera!» pensa le vieil homme dehors, et il se réjouit.
Il les toucha de son Bâton et vit comment leur volonté de faire le Bien se renforçait.
Ainsi, le vieil homme continua d’errer dans les rues tranquilles, touchant de son Bâton toutes les maisons où il avait été autorisé à apporter la Grâce de Dieu. Il se réjouissait lorsqu'il pouvait raviver la Flamme avec de la Force fraîche et s'attristait lorsque tous restaient grisâtres ou même lorsque de sombres nuages d'orage s'amoncelaient au-dessus d'eux.
Soudain, il aperçut une petite maison encore illuminée. Le vieil homme grimaça de douleur. Son fils habitait cette maison. C'était lui qui lui avait causé le plus de chagrin; à présent, il voulait y jeter un dernier coup d'œil et lui dire adieu.
Des voix fortes s'élevaient et une atmosphère pesante régnait dans la petite pièce où se trouvaient son fils et sa femme.
- «Tu aurais dû lui rendre visite plus tôt», dit la femme.
- «Ne t'en fais pas», répondit l'homme sèchement.
- «Il a toujours été bon avec nous, jusqu'à…»
- «Jusqu'à ce qu'il fasse cette bêtise», l'interrompit l'homme. «Non, tu ne peux pas te laisser tyranniser par les vieillards. Alors, pourquoi n'es-tu pas allée chez mère avec moi?».
- «Je n'ai pas voulu», répondit froidement Madame Anna. «Que voudrais-je de cette vieille femme? Elle a toujours voulu me montrer comment vivre selon le nouvel Enseignement, où sa mentalité rétrograde transparaissait. Maintenant, tout cela ne lui servira plus à rien.»
- «Cependant», s’exclama l’homme, «il n’est pas nécessaire de parler avec autant de mépris! Aujourd’hui, elle est aussi calme et sereine que jamais. C’est ainsi que cela devrait être chez nous.».
- «Père n’allait jamais à la taverne», dit la femme avec véhémence.
- «Et mère veillait à ce que la maison soit propre et s’occupait de la cuisine, au lieu d’aller au cinéma!» rétorqua-t-il.
Ils restèrent face à face, remplis de haine.
Le vieil homme se détourna et, sans même regarder, pointa son Bâton vers la maison. Celle-ci siffla comme du fer rouge plongé dans l'eau. Le vieil homme en avait assez vu; il quitta la ville.
- «Ne veux-Tu rien savoir de moi?» demanda une voix masculine enjouée.
À côté de lui se tenait une lumineuse silhouette, et le vieil homme sut que c'était son guide.
- «Je suis avec Toi depuis que la Mort T’a quitté», poursuivit-il, «mais ce n’est qu’à présent que Tu me vois, après T’être libéré du dernier vestige d’attachement terrestre. Le grand Voyage commence maintenant! En avant, mon Ami, vers la Lumière!».
Déjà, ils flottaient haut dans l'éther, s'élevant toujours plus haut. Lorsque le vieil homme se fatiguait, des mains douces le saisissaient et le soulevaient avec force, lui insufflant une Force nouvelle. Il voyait défiler des mondes étranges, s'étendant comme des îles dans l'infini de l'Univers. Là vivaient des êtres bien plus beaux que les habitants de la Terre; il aperçut d'extraordinaires constructions de métal blanc étincelant au milieu des fleurs et des arbres jamais vus auparavant. Finalement, submergé par toutes ces choses nouvelles et magnifiques, il ferma les yeux. Il serra son bâton contre sa poitrine et se laissa porter par les mains sûres de son guide.
Finalement, il fut délicatement déposé au sol, et le guide dit:
- «Nous sommes arrivés.».
Le vieil homme ouvrit les yeux et tenta longuement, en vain, de supporter le Flot de Lumière qui l'entourait.
- «Ô Sainte Lumière de Dieu, que Tu es belle!» balbutia-t-il, ravi.
- «Tu es bouleversé, esprit humain», dit le guide, «et pourtant Tu n'es qu'à l'entrée du Paradis.».
Ils se trouvaient dans un vestibule qui semblait appartenir à un Temple, fermé par une immense Porte en plaques d'Or, ornées de magnifiques images.
- «Tu dois maintenant continuer seul», dit le guide. «Ma Mission est terminée.».
Après l'avoir remercié, le vieil homme s'approcha de la porte et tenta de l'ouvrir, mais en vain. Malgré tous ses efforts, la lourde porte restait fermée.
- «Je vais prier», pensa-t-il, et, les mains jointes, il leva le bâton.
Soudain, celui-ci se mit à briller, telle une Eau pure scintillant au Soleil. Avec révérence, le vieil homme le serra contre sa poitrine, puis toucha la Porte Dorée. La Porte s'ouvrit en grand, et une magnifique salle s'étendait devant lui. D'innombrables colonnes de Cristal soutenaient la voûte bleu ciel, sous laquelle marchaient les esprits des Bienheureux. Ils s'approchèrent avec Amour du vieil homme stupéfait et l'accompagnèrent plus loin.
Au centre de la salle se dressait une Table d'Or, et derrière elle, dans un magnifique fauteuil, était assise une sainte Figure. Le vieil homme se précipita vers son Seigneur Bien-Aimé pour Le saluer; mais soudain, il n'osa plus aller plus avancer, car le radieux éclat qui entourait Imanuel lui coupa le souffle.
- «Dépose ici Tes bonnes actions», dit alors la voix qui avait tant réjoui le vieil homme durant sa vie terrestre et empli son cœur d'une Joie immense.
Mais aussitôt après, il fut saisi d'une profonde frayeur.
- «Seigneur», dit-il avec émotion, «je n'ai apporté qu'une seule Chose, la plus sainte et la plus chère à mon cœur: Ta Parole.».
Sur ce, il déposa le Bâton sur la table. Alors, la Force Divine de la Sainte Parole jaillit du Bâton, emplissant la Salle; le Bâton se déploya et des feuilles d’Or en jaillirent les unes après les autres. Bientôt, la table fut enveloppée de leur rayonnante Splendeur.
- «Pure et d'Or Je Te l'ai confiée; pure et d'Or Tu l'as tenue, élevée et me l'as rapportée. Entre dans Ta Patrie, fidèle Serviteur!»
Le Seigneur avait-Il vraiment dit cela? Tout, autour du vieil homme, se transformait en un Torrent de glorieuse Lumière. Ses genoux tremblaient et ses yeux brillaient de Bonheur.
Et pourtant, lorsqu'il plongea son regard dans les Yeux lumineux et bienveillants de Imanuel, il comprit qu'il était arrivé chez lui, dans la Patrie éternelle… plus jeune que jamais!
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