Parmi les peuples étrangers

Publié le : 14/06/2018 16:26:56
Catégories : Livres Rss feed


Parmi les Peuples Etrangers

Par Ernst Bernhardt


Parmi les Peuples Etrangers
Le héros de l'histoire narrée dans le livre "Parmi les Peuples Etrangers", arrivant d'Allemagne, peut-être par le prestigieux Orient Express, débarque à la gare d'Istanbul, répondant ainsi à l'invitation de son ami Constantin Langelfeld, dont la sœur Elisabeth a été enlevée.

N"écoutant que son grand cœur, le héros se lance hardiment aussitôt sur la piste des ravisseurs, ce qui donne le coup d'envoi à des aventures échevelées et trépidantes, qui le conduiront, via les sauvages peuples du désert, jusqu'aux Indes...

Parviendra-t-il à la retrouver et à la libérer? Et qu'en sera-t-il, au terme de sa quête, pour la 2e Elisabeth - Elisabeth Natty -, amie de la première?

Flanqué de son fidèle Link - l'homme aux oreilles branlantes - et chevauchant le rapide Zoba'a, l'intrépide "Zine El Gasareh" "Parure de la Bravoure", répondant à l'Appel du Devoir, ne se laisse arrêter par rien.

Plus de 600 pages de captivante lecture, au cours de laquelle, de situations dramatiques en situations cocasses, l'intérêt - et donc l'attention - ne faiblit jamais.






La présente œuvre romanesque «Parmi les peupLes étrangers» [«Unter frenden Völkern»] de {Oskar} Ernst Bernhardt a été, en tant que récit romancé, rédigée par lui au début du XXème siècle à partir de ses précédents récits de voyage «Aus fremden Länden» [«Dans les Pays Lointains»], quant à eux bien réels, antérieurement publiés à Berne aux éditions «Zu Hause».

"Unter fremden Völkern" ["Parmi les Peuples étrangers"] - Éditeur: Paul Unterborn – Éditions pour la Littérature Allemande, à Berlin.

 

 

PARMI LES PEUPLES ÉTRANGERS

 

 Suite des Chapitres

 

Environné d’espions

 Sur de fausses traces

 L’aventure en Asie Mineure

 Chez les Anatoliens

 Mehemed, le prince arabe

 Aïda

Dupés

La revanche

 Dans le camp des Hadjiman

 Dans le désert de sable de Danha

 Le secret du cheik

Le vengeur de sang

Fatime






Extrait




La tempête


"J’étais décidé à obtenir au moins la certitude de la mort d’Élisabeth Natty avant d’abandonner tout espoir.

- «Mais vous m’aviez bien dit que le cheik des Hadjimans avait affirmé que la jeune fille était encore en vie?» objecta Link.

Je restai interdit.

En effet. Il y avait dans tout cela quelque chose qui ne pouvait pas être juste. Maintenant que j’y réfléchissais bien, les dates ne correspondaient pas du tout. Le jour où j’avais vu Élisabeth en image vivante, celle-ci, selon les déclarations de Selim Ali, était depuis longtemps déjà décédée. Ou bien le secret du cheik était un mensonge ou bien la mort de la jeune fille avait été inventée.

J’inclinai plutôt pour ce dernier point de vue parce que le vendeur avait assez de raison pour dissimuler la présence d’Élisabeth et effacer sa trace.

À la tombée du soir, nous avions quitté le dangereux voisinage de la côte, mais comme cela semblait, pas trop tôt non plus. Car les sombres nuages plus serrés et plus menaçants s’étaient amassés et s’enfonçaient profondément, comme s’ils voulaient se réunir avec les flots noirs grondant maintenant sourdement.

Mais ceux-ci, en défense, projetaient vers le haut, en grésillant, des vagues blanches d’écume et le mugissement de l’eau menacée dans sa paix résonnait comme l’effervescence d’une indignation contenue. L’on ne savait pas d’où venait ce mouvement d’inquiétude de l’eau, car, dans l’air, régnait une oppressante chaleur, qui comprimait presque la poitrine.

L’attente de la venue d’un événement quelconque se glissait en notre âme, en un anxieux pressentiment, sans éveiller particulièrement la peur. Je pourrais comparer l’attitude de la mer en de pareilles heures à l’ambiance régnant dans une grande ménagerie peu avant le repas des fauves. Bien avant l’heure, le visiteur remarque partout un mouvement menaçant d’inquiétude.

Les carnivores qui connaissent exactement le moment, vont, ça et là, à pas rapides dans leurs cages, dans une hâte inexplicable, mais tout à fait silencieuse. C’est seulement quand la viande leur est jetée qu’éclatent leurs rugissements de tonnerre qui remplit tout l’espace.

En me trouvant à bord, j’observais avec intérêt les processus de la Nature où le ciel et la mer paraissent se rapprocher. Une profonde obscurité régnait soudain autour de moi. Seuls les blancs moutonnements des vagues apparaissaient à mes yeux.

Tout à coup un éblouissant et aveuglant éclair déchira la lourde masse de nuages. Dans la lueur de celui-ci, je pus constater que le moindre homme particulier de l’équipage se tenait à son poste.

Un puissant coup de tonnerre suivit immédiatement l’apparition de l’éclair. Ensuite, de nouveau un profond silence, toutefois seulement un moment. Car, bientôt, un coup de vent violent fit trembler le navire - et maintenant la tempête se déchaîna…

Il est difficile de décrire ce bouillonnement, ce grésillement, ce hurlement, ces sifflements et entre temps le roulement clair du tonnerre qui suivait les éclairs jaillissant vers le bas en séries fournies.

Oui deux, trois éclairs, et plus jaillirent à la fois des nuages et tout le ciel était en flammes. Après cela, se déversa une pluie effroyable, les hautes vagues se précipitèrent contre le pauvre navire et lui passèrent par-dessus. L’embarcation était projetée ça et là comme un ballon de football.

Bref, il est impossible de décrire avec des couleurs exactes ce soulèvement des éléments déchaînés ou d’en faire une comparaison quelconque. La meilleure expression pour cela se trouve dans l’assertion:

«Aussitôt que la Nature parle,
toutes les autres voix
 doivent se taire!»
.


L’éclatement de la tempête est aussi décrit de façon tout à fait poignante dans un poème, où il est dit, entre autres:

«Mais des immenses profondeurs s’éveillèrent des Forces prodigieuses, toutes les épouvantes qui y dorment et tous les esprits du danger. D’abord en chuchotements Creux et sombres dans les vagues. Puis plus fort et plus familier. En rangs serrés. Les petites vagues, les pygmées gris Deviennent géants, deviennent montagnes, Ils marchent au fil de l’eau.»

«Comme des esprits en robe blanche. Leur manteau argenté froufroute en écumant. Et la fiancée du vent, la tarentule, Ne pouvant plus être retenue, se précipite Du manteau à larges plis dans une furieuse Violence autour du bateau. Pour le saisir comme à la racine des cheveux Et l’emporter dans sa danse effrénée. Et les oiseaux des récifs de la mer Sifflent un chant à cet effet Strident et sauvage.»

Notre bateau était projeté alternativement des quatre côtés. Tantôt nous planions en haut sur la crête d’une vague puissante, tantôt nous nous précipitions vers le bas dans d’inquiétantes profondeurs.

Je ne pouvais me tenir debout, ni m’asseoir, ni m’agenouiller. Je devais m’allonger à plat ventre sur le plancher. Avec prudence je rampai vers le local sous le pont, où je savais trouver Link. Celui-ci gémissait à fendre l’âme et se tenait l’estomac convulsivement, tandis que, déséquilibré par le tangage du navire, il était poussé tantôt d’un côté, tantôt de l’autre du local.

Sitôt le commencement de la tempête, Omar était descendu auprès des chevaux. Il les avait fait coucher et était resté auprès d’eux afin qu’ils ne remuent pas. J’allai m’assurer que les bêtes ne pouvaient éprouver aucun dommage et me rendis en rampant vers ce local, puis m’allongeai près de Zoba’a qui manifesta sa joie à ce sujet par un léger hennissement.

Enfin, après de longues, longues heures, le soulèvement dans la Nature parut se calmer un peu.

En retournant vers le lieu de stationnement de Link, j’essayai de me diriger en m’accrochant à la paroi et d’aller vers le pont. Mais à peine étais-je debout, avec bien de la peine et libérai une main pour m’accrocher plus loin, que j’étais déjà violemment projeté au sol.

Je tombai durement, fort durement.

Les lampes étaient éteintes. Il régnait, dans la pièce, une telle obscurité qu’on ne pouvait rien discerner malgré les plus grands efforts. Mon coude avait cogné sur un objet qui paraissait être rond. Je sentis et avais entre mes mains, la tête de Link qui, maintenant souffla effroyablement et pesta furieusement contre un tel traitement.

Mais alors qu’il constatait que j’en étais la cause, il cessa de maugréer et je pus même me persuader qu’il était lui-même responsable de son malheur, car il ne pouvait rester à la même place, mais se laissait pousser dans tous les coins dans le local.

C’est seulement quand le matin arriva que la tourmente baissa et que nous nous rendîmes sur le pont.

Link était à peine reconnaissable. Son visage avait toutes les couleurs possibles et son front, au-dessus de l’œil, montrait en outre une bosse toute bleue d’une énorme dimension.

Avec cela, il avait une mine tellement vaseuse que je ne pus retenir qu’à grand peine mon envie de rire.

Lentement nous arpentions le pont. La mer était encore à vrai dire assez haute, mais le soleil brillait à nouveau clairement.

Alors le propriétaire du navire vint vers nous et nous salua avec un visage particulièrement grave. Je le remarquai tout de suite et lui demandai soucieux:

- «Tu es tellement grave. Ton bateau a-t-il des dommages importants?».

- «Mon bateau, non!» répondit-il affligé. «Mais mon cœur.»

- «Comment dois-je comprendre cela?» dis-je, compatissant.

- «Cela concerne mon fils.»

- «Ton fils? Est-il malade?» dis-je, effrayé; car, la veille, je m’étais réjoui à la vue du petit garçon de six ans qui s’ébattait si vivement et si gaiement sur le navire et qui, quelquefois, s’approchait fièrement avec la mine importante de son père, comme pour dire:

- «C’est ici le royaume de mon père. Ici il n’y a que lui qui commande.».

Un profond soupir souleva la poitrine de l’homme, alors qu’il répondait lentement: «Il n’est pas malade, mais la tempête a pris son âme avec elle.».

À ce moment, des pas résonnèrent sur l’escalier menant à la cabine du capitaine. Les marches craquèrent et gémirent, comme un matelot apparaissait, portant une charge dans les bras recouverte d’un linge.

Il déposa celle-ci avec précaution sur un banc. Lentement, j’avançai vers elle, repoussai un peu le voile et vis le petit visage pâle et calme, qui était hier encore si heureux de vivre, et dont les yeux pouvaient briller si gaiement.

Était-ce la frayeur devant la tempête infernale qui avait fait cesser de battre le petit cœur?

Ou bien, était-il devenu si calme, parce que cela était inscrit ainsi dans le Livre de la Vie?

En silence nous entourâmes le petit cadavre et serrâmes chaleureusement la main du père. Dans quelques heures déjà, il devait se séparer de ce qui avait été auparavant son bonheur.

Le petit corps fut attaché à une planche alourdie par une pierre. Nous nous tenions là, avec recueillement, tandis qu’étaient énoncées les Sourates prescrits par le Coran. La planchette, avec son petit poids, fut à moitié avancée par-dessus bord et un petit choc seulement suffit pour tout faire disparaître dans la mer.

À nouveau, et involontairement, les paroles du même poème me revinrent à l’esprit:

- «Et l’enfant, quelques heures après, fut pris à côté de son père.

Il est attaché sur une planche avec une pierre toute préparée.

On ne lui creusera pas de tombe au sein de la terre consacrée.

Il n’aura pas même une petite couronne ni une couronne de mousse.

Il doit dormir tout seul sur le fond vide de la mer.

Les yeux des parents ne pourront pas non plus

Pleurer à certaines heures sur la tombe.

Heureux sont donc encore ceux dont la douleur est allégée

Qui savent et connaissent le lieu où leur enfant repose dans la mort.

Car, ils peuvent aller vers lui, même si c’est bien loin

Avec le bâton du pèlerin, ils peuvent prier, pleurer,

Implorer à la tombe devenue chère.

Ils peuvent parler à leur enfant, comme s’il était encore vivant.

Ils peuvent cueillir une fleur comme si l’enfant le voulait.

Mais, ce père effondré par le chagrin, n’aura pas cette consolation.

Non! Son enfant n’a pas été enterré,

Il a été seulement immergé.»


Encore un dernier regard du père tomba sur la petite forme voilée … puis un signe silencieux de sa main … en claquant, les flots se refermèrent sur la victime.

Avec un bruit de ferraille, l’ancre tomba à l’eau alors qu’après plusieurs jours de voyage, notre navire avait abordé dans le port de Abuscher."


L'ouvrage "Parmi les peuples étrangers" est disponible en deux présentations: Couverture souple et couverture rigide:







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